Isoloir et conscience de classe

Version imprimablepublié par Hors-d'Øeuvre le 29 Mai 2012

Le texte ci-dessous a été écrit pour répondre à la gauche de Québec solidaire dans le cadre du débat qui l'oppose à l'UCL sur la question du rapport qu’entretient le parti avec la grève étudiante. Nous saluons les interventions publiées jusqu'à maintenant par l'UCL et considérons qu'elles ont fait apparaître plusieurs éléments d'un débat aussi nécessaire que passionnant, c'est pourquoi nous avons décidé d'ajouter à celui-ci notre modeste contribution.

Comme Marx l'a fait avec le programme de Gotha, nous pourrions dans ce texte critiquer point par point, voire mieux, mot par mot le contenu de la plateforme que l'aile gauche de Québec solidaire a récemment voulu faire passer pour un dépassement du capitalisme. On a certes caressé l'idée, mais avons vite décidé qu'il s'agissait là d'un exercice tout à fait puéril. Étant donné que le programme de Gotha est mille fois plus radical que celui auquel il faudrait ici s'attaquer, on considère que le travail a déjà été fait, et bien fait de surcroît. Que les théoriciens de QS s'indignent lorsque l'UCL les associe à la social-démocratie, chose que le programme démoli par Marx, lui, assume pleinement, cela nécessite néanmoins qu'on s'y attarde. Qu’ils flanquent un nez de clown à Marx, ce personnage si frondeur envers leur propre tendance politique, en ne sélectionnant que des citations conciliantes, qu’ils tentent d’écarter toute la violence ayant marqué l’histoire des conflits entre la gauche radicale et les partis politiques réformistes et présentent le problème de la relation de QS à la grève étudiante sur un terrain épuré de cette histoire et du tranchant de son objectivité, en voilà plus que ce que nous pouvons accepter sans réagir. Il y a longtemps que les héritiers de l’aile parlementaire du socialisme, avec tout l’enthousiasme qu’on leur connait pour les révisions idéologiques, se plaisent à semer la confusion. La réponse de QS à l’UCL fait honneur à cette tradition.

Avant d’aller à l’essentiel, un détail : HØ n’a rien à voir avec l’archétype ridicule de l’activiste moyen que les promoteurs de QS agitent si énergiquement dans leur réponse, comme s’il s’agissait là de la seule opposition potentielle sur leur gauche. Nous travaillons nous aussi à la critique de ce modèle tragicomique du militant contemporain, mais autrement qu’en soulignant son existence à gros traits. Ce procédé de l’homme de paille déployé contre l’UCL n’est pas utilisé seulement dans le but de se distancer, en principe, de leur praxis. Il permet aussi à QS de rallier les éléments les plus récupérables de ce petit marché de militants qu’est le Québec.[1] Car il y a en pour qui cette mauvaise hygiène de vie qui caractérise le radical post-adolescent n’est qu’un passage obstrué vers autre chose. Ceux-là, le parti leur garde une place, pour quand ils auront fini leur petite crise, souvent après avoir eu des enfants. Disons que cette fixation contre cette forme dégénérée du politique maintes fois critiquée par HØ, contre ce jeune énervé pour qui la simplicité des slogans de la rue constitue une véritable éthique opérationnelle, cache le pire, à savoir une échappatoire argumentative qui agit dans les zones grises de la conscience, pareillement, ô douce ironie, à un slogan sur son public-cible. Berné, il est fort probable que le militant désenchanté du milieu ira faire son tour et croisera au passage ses analogues. Voilà les bases d’une solidarité de pacotille ne reposant que sur la dépossession du pouvoir dont sont victimes les individus laissés tristes et atomisés après chaque bataille des mouvements sociaux auxquelles ils participent. La dénonciation condescendante de l’activiste canonique simplet est un slogan tout aussi creux que les “A, Anti, Anticapitalista” répétés inlassablement ces jours-ci. L’anti-activisme de QS est pour ainsi dire la promotion de tous les activismes récupérables, c’est-à-dire l’agglomération de toutes les formes de politique qui se contentent de l’acte.

Mais allons maintenant à l’essentiel de notre critique. Ainsi, le Capital aurait un nouvel ennemi : la plateforme de Québec solidaire! C'est par celle-ci que le parti se démarquerait de la social-démocratie telle qu'elle existe ailleurs dans le monde :

QS dit vouloir dépasser le capitalisme à une époque où les partis sociaux-démocrates (sociaux-libéraux) qui appliquent les plans d'austérité en Espagne, en Grèce et ailleurs ont depuis longtemps formellement renié toute volonté de dépassement du capitalisme. Ça n'est pas tout, mais ce n'est pas rien non plus ! Il est donc selon nous beaucoup plus juste de replacer notre parti dans une gauche de la gauche qui tente d'émerger internationalement et qui regroupe des partis tels que le Nouveau Parti anticapitaliste et le Parti de Gauche en France, Die Linke en Allemagne ou encore le Bloc de Gauche au Portugal.[2]

Tous les partis auxquels QS est identifié dans cette citation ont une chose en commun : jamais l’un d'eux ne fut même proche d'accéder au pouvoir, et c'est là leur unique supériorité par rapport aux partis sociaux-démocrates dont ils voudraient tant se distinguer. Pensent-ils vraiment, ces petits propagandistes, que la gauche radicale est assez stupide pour ne pas voir que le programme initial de la social-démocratie québécoise est tout aussi anticapitaliste que celui de QS? Pensent-ils qu'il n'y a personne pour se rappeler ce que disait le PQ avant d'accéder au pouvoir? Sans doute croient-ils aussi qu'on ignore ce qu’il adviendrait de cette volonté de dépasser le capitalisme si QS en venait à former un nouveau gouvernement. Il suffit pourtant, pour en avoir un aperçu, de jeter un coup d'œil à l'autre discours de QS, le discours officiel, foncièrement populiste, celui qui s'adresse aux électeurs et qui s'en crisse bien de la gauche radicale et de l'UCL.

Sous la plume de ses éléments trotskistes, QS n'apparaît pas seulement comme le parti du dépassement du capitalisme, mais aussi comme celui de la conscience des opprimés :

En réfléchissant aux exigences formulées dans ce programme et en luttant collectivement pour leur satisfaction, les gens peuvent faire des gains mais aussi – et c'est crucial ! – découvrir à travers leur propre expérience – et non pas parce qu'on leur lance des slogans à la tête – l'incompatibilité entre les exigences du capital et les leurs, et éventuellement saisir la nécessité d'un changement révolutionnaire.[3]

Ainsi, c'est à travers leurs propres expériences que, selon les auteurs de ces lignes, les opprimés pourront saisir la nécessité d'une transformation globale de la société. Voilà un point sur lequel nous nous entendons. Mais les luttes sur lesquelles QS s’appuie tout en prétendant les unifier entre elles et en développer la conscience deviennent, pour ceux-là mêmes qui les ont initiées, incommensurables et étrangères, et ce, aussitôt qu'elles sont intégrées à une quelconque stratégie électorale. Est-on réellement en train de les encourager à s'accrocher à leurs « propres expériences », ces étudiants et ces étudiantes qui actuellement mènent une lutte acharnée contre le gouvernement, lorsqu'on les invite, en arguant que le programme de QS prévoit l'instauration de la gratuité scolaire, à échanger leur grève, construite sur leurs propres bases, contre le déclenchement d’une machine électorale qui, comme toujours, les avalera tout rond? Le cas de la grève étudiante n'est qu'un exemple de la manière dont les expériences de luttes rendues possibles par les mouvements sociaux, lorsqu'elles sont insérées à une plateforme électorale, cessent d'appartenir à ceux et à celles qui en sont les sujets pour se diluer dans l'expérience terne et appauvrie qu'est une visite au bureau de vote. Il faut rappeler à ce sujet le jugement de Guy Debord sur le rapport qu'entretient la représentation politique avec la conscience du prolétariat :

Le prolétariat ne peut être lui-même le pouvoir qu'en devenant la classe de la conscience. Le mûrissement des forces productives ne peut garantir un tel pouvoir, même par le détour de la dépossession accrue qu'il entraîne. La saisie jacobine de l'État ne peut être son instrument. Aucune idéologie ne peut lui servir à déguiser des buts partiels en buts généraux, car il ne peut conserver aucune réalité partielle qui soit effectivement à lui.[4]

Les luttes que QS prétend unifier au sein d'un combat général deviennent, une fois entre les mains du parti, des éléments d'un projet fondamentalement plus partiel que ces luttes elles-mêmes, un projet qui consiste à remplacer le corporatisme particulier d'une multitude de luttes sociales par le corporatisme général d'une formation politique spécialisée. Et cette réalité partielle qu'est la politique spécialisée, jamais elle n'appartiendra au prolétariat, c'est pourquoi il doit pour s'émanciper la détruire :

Cependant, quand le prolétariat découvre que sa propre force extériorisée concourt au renforcement permanent de la société capitaliste, non plus seulement sous la forme de son travail, mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance étatique qu'il avait constitués pour s'émanciper, il découvre aussi par l'expérience historique concrète qu'il est la classe totalement ennemie de toute extériorisation figée et de toute spécialisation du pouvoir.[5]

Né tout de suite après la grève étudiante de 2005, porté par la vague de politisation ayant surgi alors dans la province, Québec solidaire est cette extériorisation en un appareil bureaucratique des forces de contestation les plus actives des mouvements sociaux. Face aux liens étroits entretenus entre les leaders de l’actuel mouvement étudiant et QS, face au risque de récupération du mouvement que ces liens impliquent et, surtout, face au danger de mise à mort de la grève par le déclenchement d’élections, force est de constater que la dernière grande lutte étudiante a contribué au renforcement de ce qui aujourd’hui s’oppose, en les récupérant, à ceux et celles qui reprennent le flambeau de cette lutte. C’est pourquoi tout élargissement sérieux de la grève étudiante, toute prise de conscience des liens l’unissant à une conception plus globale de la lutte sociale, doit passer par la critique impitoyable des partis politiques prétendant la représenter.

La prise de conscience du prolétariat ne se fera pas lorsque ses luttes partielles auront trouvé au sein du programme de QS leur pseudo-unité, mais quand d'elles-mêmes ces luttes déboucheront sur la nécessité d'une lutte unitaire non seulement contre le capitalisme mais aussi contre l’État, une lutte à la fois économique et politique, une lutte contre tout parti de gauche, socialiste ou prolétarien. La représentation du prolétariat par une intelligentsia de gauche, celle de QS ou une autre, est le contraire de l’auto-organisation. L'affirmation selon laquelle le rôle de QS est de défendre « l'unité dans l'action des différents mouvements sociaux » est un écran idéologique derrière lequel se cache le fait qu'en toute lutte, le parti a un intérêt et que relier les luttes entre elles revient pour QS à les intégrer au parti.

Ce que les idéologues de QS apportent au sein des mouvements sociaux n’est pas une conscience accrue de la situation et des enjeux qu’elle soulève, mais plutôt une confusion rendant très difficile, voire impossible toute compréhension globale des différentes formes de luttes parfois contradictoires qui surgissent de ceux-ci. Que faut-il comprendre lorsqu’on entend, dans un discours de Xavier Lafrance,[6] des appels passionnés à l’insurrection, pour ensuite le voir, sur Internet, donner toute sa confiance à nos « représentants » attablés avec les criminels au pouvoir, tentant de négocier des miettes en échange d’un retour en classe? Toute la charge historique portée par le mot insurrection aurait-elle expié sous le poids de leurs fausses postures? Ils sont des révolutionnaires-réformistes, ou devrait-on dire des réformistes-révolutionnaires? Ils sont des insurrectionalistes pour la concertation avec l’État et n’y voient aucune contradiction. Cela fait partie d’une stratégie qui leur est chère et qui consiste à gaver la jeunesse, à l’aide de phrases creuses enrobées des ruines du passé, d’un enthousiasme assez débilitant pour que, une fois qu’aux discours aura succédé une sortie de crise porteuse de mille compromissions, elle soit tout à fait prête à joindre les rangs du parti.

Face à notre critique il est vrai acerbe, l’aile radicale de QS rétorquera qu’on ne connait rien au fonctionnement du parti, un fonctionnement qui, à les écouter, est hautement démocratique. Mais notre ignorance, faut-il le rappeler, est bien involontaire, vu la rareté des documents critiques à ce sujet. Il ne suffit pas de lire un programme officiel pour comprendre, ni même d’écouter les louanges de ses promoteurs émérites. Non, il faut creuser, comme toujours, ne serait-ce que pour connaître un iota de la vérité. Eh bien, surprise! Nous avons fait nos devoirs. Vous connaissez Marc Bonhomme? Nous, si. C'est un gars très intéressant. Marc est à notre connaissance le seul critique de la gauche interne à QS qui ose, contre vents et marés, publier des analyses complètes sur Internet. Politiquement, on peut dire que Marc est un des rares vrais socialistes de la bande : contre les banques, contre les entreprises privées aussi, et pas à moitié. Sa perspective, certes classique mais cohérente, c’est la nationalisation de pratiquement tout.

Marc nous apprend dans ses textes un tas de choses sur les diverses tendances au sein du parti, tendances qui y agissent plus ou moins librement puisque, le croirez-vous, c’est la direction qui tire les ficelles, le tout avec le consentement, sinon la participation complaisante des éléments dits anticapitalistes:

Au préalable, avait eu lieu un débat sur l’ordre du jour qui a écarté, suite à des interventions de membres de la direction, trois ou quatre amendements permettant soit une plus grande participation de la base (ateliers), soit un encadrement plus serré de la plate-forme électorale directement par le congrès (cadre financier, priorités).  Il semble bien que la majorité des congressistes voit le parti de la rue comme dissocié du parti des urnes tout en n’étant pas assez critique du point de vue de la direction. Il faut avouer que les quelques représentants des collectifs anticapitalistes n’ont en rien aidé les congressistes à y voir clair en se contentant de réchauffer leurs sièges.  Tel est la conséquence de leur alliance avec la direction électoraliste du parti.

Cette citation tirée du texte Appuyer la lutte étudiante pour mieux la laisser tomber, dont nous recommandons la lecture à toutes et à tous, démontre bien ce qui se trouve derrière cette union parfaite entre la rue et les urnes qu’on voudrait nous faire avaler. Ainsi, les anticapitalistes qui moralisent aujourd’hui l’UCL demeurent pépères quand la direction impose son agenda au congrès, en écartant par exemple des amendements pour favoriser la participation de la base. Gageons qu’ils demeurent tout aussi silencieux quand les chefs expriment leur vision édulcorée du socialisme, ou lorsque ceux-ci distinguent QS de la gauche radicale en évoquant la nécessité d’une certaine inclusion de l’entreprise privée dans la nouvelle société solidaire.[7] La diversité des militants qui offrent leur force de travail au parti présuppose un discours pluraliste en mesure à la fois de rassembler des éléments contradictoires et de masquer le point d’unité assurant leur neutralisation. Cela est bien démontré par l’exemple de nos anticapitalistes s’échauffant dans leur réponse à l’UCL mais réchauffant leur siège au congrès de QS.

Le pluralisme de façade pratiqué par QS consiste à encenser toutes les formes de luttes en donnant l’impression qu’elles sont complémentaires. C’est pourquoi l’exergue[8] de leur réponse à l’UCL en dit long, très long sur le mysticisme stratégique entretenu volontairement par les trotskistes. Tous les moyens sont bons, disent-ils, sans préciser toutefois que cette ribambelle de moyens qu’ils mettent grossièrement dans le même paquet sera toujours subordonnée à une fin que l’on oublie de questionner : l’augmentation de la cote de popularité du parti. Le refus obstiné d’opposer entre eux les différents moyens de la lutte politique entraîne la confusion quant aux fins à poursuivre. La domination des moyens sur les fins, en tant que composante majeure de la modernité politique, a profondément marqué la branche parlementaire du mouvement socialiste, comme nous l’avons d’ailleurs expliqué dans notre récente brochure sur la grève étudiante. Tout selon cette logique doit reposer sur l’accumulation des tactiques. L’unité des différentes formes de lutte ainsi accumulées serait réalisée à travers l'attribution d’un sens à l’ensemble par l’action du parti, mais par en haut. De cette idéologie de la fausse unité découle l'assujettissement de toute implication politique des membres de QS à l’extérieur du parti aux intérêts de celui-ci. D’un côté, les portes-paroles ne cessent d’insister sur la nécessité pour les mouvements sociaux de préserver leur indépendance et de l’autre, les militant-es sont envoyé-es au sein de ces mouvements pour y défendre les lignes et les plans d’action du parti. Ils réduisent tout ce qu’ils touchent à des moyens pour le parti, qui n’a lui-même d’autres fins que le renouvellement perpétuel de ceux-ci. Il s’agit là de la bonne vieille idée du parti unique des forces révolutionnaires, exit la révolution par contre, celle-ci ne pouvant être réduite à un simple moyen.

« La révolution n’est pas un mythe. Elle est ce mouvement social construit de façon réformiste qui passe à une rupture radicale d’avec le monde qu’elle comprend mieux et qu’elle condamne. Et c’est à ce moment qu’elle aura pris connaissance de sa fin. Nous n’en sommes pas là. Mais faire dévier la trajectoire tracée d’avance de la présente grève afin de la pousser vers un face à face historique avec ses éternels récupérateurs est le minimum pour quiconque y aspire.[9] » Faux camarades de QS, ces mots que nous avons adressés récemment aux étudiants et étudiantes en lutte, veuillez les lire attentivement, avant de nous traiter de rêveurs et d’exiger de nous des propositions concrètes. Nous affirmons que seuls les mouvements sociaux ayant pris conscience de la fin qui les transcende pourront éviter d’être réduits à de simples moyens par les partis politiques de gauche. Cette prise de conscience, comme nous l’avons montré tout au long de ce texte, ne passera pas par l’arrimage des différentes luttes sociales au programme d’un parti politique. Elle ne surviendra que dans et par l’activité des groupes auto-organisés elle-même, de petits groupes pour le moment certes, mais qui ne font aucun compromis entre démocratie et lutte des classes, entre moyen et fin révolutionnaire. De leur travail acharné au quotidien contre tous les récupérateurs voulant les intégrer à des structures calquées sur le modèle bourgeois de l’organisation politique dépend le succès futur de notre classe en lutte contre toute forme de représentation d’elle-même. Le plus haut niveau de conscience que cette activité peut atteindre en tant que lutte partielle est celui qui la mènera à s’opposer dans la pratique à quiconque  proclame la primauté de la démocratie bourgeoise sur le mouvement social.

Contre le concept d’intelligentsia ou d’élite éclairée que présuppose tout parti politique de gauche, HØ propose celui de base éclairée, une base qui serait capable, à travers l’auto-organisation, de mettre en échec ses éternels récupérateurs issus de la gauche pragmatique, ceux qui se nourrissent des lacunes inhérentes au prompt réveil de la conscience.[10] Faute d’y parvenir, ou même seulement d'essayer, toutes les belles envolées qu’on entend ces jours-ci à propos d’une grève sociale et d’un mouvement populaire historique ne sont que puériles illusions entretenues à des fins publicitaires par les recruteurs usuels de la gauche. Que ferez-vous, faux camarades, si des élections sont déclenchées pour mettre un terme au conflit étudiant? Cesserez-vous les appels à la grève sociale pour vous donner corps et âmes à la campagne électorale visant à ramener l’ordre au Québec, ou bien travaillerez-vous avec nous à maintenir et élargir la grève en dépit du piège électoral, rendant ainsi possible, peut-être, un mouvement social d’une ampleur encore insoupçonnée? La question est tout sauf rhétorique.

 


[1] Conformément à cette hypothèse de démarchage de militants radicaux au seuil d’une transformation inévitable en raison de leur mode de vie précaire, cela exige pour y arriver le détournement rusé du discours rupturiste, cette fois en termes plus modérés, sinon plus confus. Car il faut donner l’impression que tout est logique, que les vieilles querelles n’étaient que rhétoriques visqueuses et prétentions juvéniles. Le parti nous en a donné un bon exemple en 2008 en appelant les libertaires à s’y rallier: http://www.hors-doeuvre.org/forum/phpBB3/viewtopic.php?f=3&t=2914. C’est là que la frange trotskiste de QS intervient vu sa position mitoyenne dans l’organisation du parti, elle qui flirte à la fois avec le radicalisme et ses militants aigris ainsi qu’avec la tête du parti. Elle est la courroie de transmission entre le discours officiel et la base. L’intelligentsia, quoi.

[3] Ibid.

[4] Guy Debord, La société du spectacle.

[5] Ibid.

[6] Manifestation de la CLASSE à Québec, le premier mars dernier.

[7] « Lors d’un échange où plusieurs militants ont condamné en bloc, au micro, les entreprises privées, Françoise David a rétorqué en donnant l’exemple de petites PME. Elle a réclamé un certain « respect de l'initiative personnelle et familiale, pourquoi pas ? ». Elle aura finalement eu gain de cause [...] » "Khadir et David réfrènent les ardeurs révolutionnaires des militants de QS", Le Devoir, 28 mars 2011.

[8] « Cultiver tous les terrains! Se tenir prêt au brusque changement des formes! Savoir prendre toutes les armes! Telles sont bien les maximes d'une politique conçue comme l'art du contretemps et des possibilités effectives d'une conjoncture déterminée. » – Daniel Bensaïd, La politique comme art stratégique.

[10] Il s’agit de vous, oui, vous autres, les militants des partis politiques alternatifs, les adeptes du communautaire et les fans finis des bureaucraties syndicales.

 

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