Appel: Présence Noire dans un Québec raciste

Version imprimablepublié par Ousmane Thiam le 4 Mai 2016

La question du racisme a fait couler beaucoup d’encre au Québec ces dernières années, et encore plus récemment avec la sortie du billet La victoire des moustiques de Louis Morissette, controverse lors de laquelle les acteurs de l’industrie culturelle québécoise nous ont balancé une pléthore de commentaires. Comme d’habitude, les réactions ne furent pas à la hauteur des attaques: ceux et celles qui ont accaparé l’espace public au nom des Noirs font tous partie du petit nombre d’artistes de la même industrie. Le portrait des souffrances du Noir qu’ils ont tenté de présenter à une grande frange de la population blanche, même s’il était juste, se limitait à l’absence du Noir dans le champ de la culture, à son envie de reconnaissance, etc., des arguments phares de la mémoire contestataire noire. Ils n’ont jamais voulu aborder le Noir dans toute sa complexité et encore moins les conditions d’existence que les Noirs subissent au quotidien sur les planchers de travail. Vous savez, la mémoire est mère de la tradition et il n’y a aucun mal là. Or, s’il est bon d’avoir une tradition, il est aussi nécessaire de la dépasser pour penser un monde nouveau. C’est incontournable, pas seulement intéressant. Il s’agit de ne pas rester figé dans un héritage lointain lorsque l’on questionne le racisme et l’état actuel du Noir au Québec, comme dans l’affaire du blackface; il faut plutôt s’efforcer d’analyser en profondeur les nouveaux mécanismes du racisme et de les démonter avec minutie, tel un horloger. L’expression de la souffrance des opprimés doit être à la hauteur et à l’image de la violence qu’ils subissent chaque jour. Et cette tâche ne s’improvise pas. Elle demande une réelle capacité à se distancer des idées libérales selon lesquelles l’inclusion à tout prix serait la solution optimale à atteindre afin d’enrayer le racisme. Le Noir ne se fera jamais entendre si lui-même ne tente pas de politiser son existence, de découvrir son Je et, par le fait même, de comprendre sa propre aliénation. Saisir le négatif que nous portons en nous et le transformer en arme réelle contre les discours et les idées racistes de la société, c’est ce projet que j’ai envie de réaliser avec vous. 

L’idée ici est de réunir des femmes, des hommes, des intellectuels, des travailleurs et ouvriers de la communauté noire québécoise afin de tenter de politiser sans détour notre quotidien. Au point où nous en sommes dans la société québécoise, il nous faut faire bilan. Où en sommes-nous? Qui suis-je? Et une fois que nous aurons répondu à ces deux questions, reste celle que nous devons nous efforcer à résoudre: que dois-je faire? Nous, Noirs québécois, sommes imprégnés de culture québécoise au point où nous banalisons même le racisme. Nous devons à présent révéler toutes nos turpitudes, toutes nos souffrances à cette société, mais aussi à nous-mêmes. Il s’agira de présenter sous forme de textes, de vidéo-discussions ou de podcasts le visage réel de notre souffrance qui, trop souvent, se camoufle dans de faux discours et est débattu de manière trop légère au sein même des groupes et des organisations censés représenter la communauté noire. Ce projet, dont le titre proposé est assez explicite, sera l’endroit où l’on pourra aborder la question du racisme québécois de manière nuancée et lucide, en s’inspirant de notre propre réalité. 

Si ce projet vous intéresse, je vous invite à me contacter à l’adresse ci-dessous. Ensuite, je vous inviterai à une réunion où nous pourrons discuter de la forme et du contenu de notre travail.

Au plaisir de vous lire,

Ousmane Thiam
ousmanethiam@hors-doeuvre.org