Libération syndicale

Version imprimablepublié par Hors-d'Øeuvre le 4 avril 2015

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« C’est bien de votre faute ». Les syndicalistes se plaignent qu’on ne s’intéresse plus au syndicat, que les assemblées générales sont désertes. «Sans mobilisation à la base, comment voulez-vous que nos moyens de pression soient efficaces ? » On connaît la chanson : plus on est de fous à l’AG, plus on a de légitimité. Plus on va de l’avant, plus on a de gains. Des gains comme dans le temps. Quand le syndicalisme marchait encore, quand la base était encore mobilisée. C’est bien de votre faute si le syndicalisme perd des plumes.

Si vous êtes allée ne serait-ce qu’à une seule assemblée syndicale au cours des dernières années, vous savez qu’au-delà de ce chantage, ils se foutent bien de votre face comme de ce que vous avez à dire. Votre exécutif, qui discute davantage avec vos supérieurs qu’avec vous, est arrivé avec le plan préparé par les leaders nationaux, qu’il ne vous res­tait plus qu’à valider sans trop poser de questions. Et pas de proposition qui pourrait faire dévier la trajectoire s’il-vous-plaît. Ils veulent vos votes comme ils veulent vos cotisations : prélevés automatiquement.

Ne pensez pas que ce contrôle sur le déroulement des instances par une minorité compenserait le manque de démocratie par des gains considérables. Non, les syndicats perdent systématiquement leurs grandes batailles depuis des décennies. Mais il faut dire qu’en encadrant tou­jours plus étroitement le droit de grève depuis 30 ans, le gouvernement a rendu illégaux pratiquement tous les moyens de contestation. Et si les exécutants obtempèrent, c’est que la meilleure façon de faire respecter la loi, c’est d’établir des têtes dirigeantes sur lesquelles faire tomber le couperet des sanctions, qu’il y ait des délégués qui gagnent leur vie à faire survivre l’apparence d’une lutte, et qui perdraient tout à la voir sortir du coma. Si l’économie roule bien, quelques griefs et une manif de temps en temps, ça revient pas trop cher.

Ce n’est pas parce qu’on est de droite, et encore moins parce qu’on n’a pas à cœur nos conditions de travail qu’on se détourne du syndicat et qu’on parle avec aigreur et un petit rire cynique de cette organisation censée faire contrepoids au système capitaliste. C’est parce qu’on est forcés de se positionner devant lui avec la même impuissance que devant le système lui-même. La volonté des exécutants à prendre part aux réorganisations, qu’ils tentent de faire oublier désormais, nous oblige à voir clair dans le jeu syndical comme dans celui des ministres : on ne peut rien y faire. De fait, c’est un peu du syndicat que nous viennent les coupures.

Le cynisme des membres est précédé du cynisme du syndicat, qui se complaît dans un confort de rentier alors qu’il devrait déployer toutes les ressources disponibles pour défaire le gouvernement et ses politiques économiques de droite. De cette dure sagesse ne viendra pas grand-chose tant qu’on ne se positionnera pas devant les exécutants comme devant les représentants les plus accessibles de nos ennemis au gouvernement. Le partenariat, confortable en temps de paix, devient criminel dans les circonstances actuelles. Une seule entente syndicale avec le gouvernement, ou l’absence de lutte ce printemps malgré la gravité des coupures, et on devra élargir la définition de scab. Les chefs syndicaux auront révélé leur vrai visage en livrant leurs membres à l’État en échange du maintien d’avantages qu’ils monnaient en masse grâce à la formule Rand. Alors il faudra investir les assemblées générales et y jouer le rôle de trouble-fêtes jusqu’à la mise à la retraite forcée de tout ce qui est exécutif syndical salarié. Ainsi nous serons libérés d’une structure ayant montré qu’elle ne peut qu’entraver notre lutte à force d’autoconservation.

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