Une belle tête de vainqueur

Version imprimablepublié par HØ-archives le 30 octobre 2006

Samedi, il faisait beau. J’suis allée rencontrer mes amilitants au parc. Il y avait un évènement spécial pour les gens comme moi. J’étais heureuse, j’me sentais bien; je peux t’assurer que ça ne parlait pas de politique, seulement de nous, moi, toi et eux. Ensemble, nous étions comme une étoile dans le ciel. C’était une grande parade de mode révolutionnaire! Dans le parc, mis à part quelques hippies égarés aux fesses dodues, c’était nous les stars. Tout le monde nous regardait puisque ma coupe style lobotomie détone un max.

Y’avait bien quelques intrus dans le groupe, des baveux, ceux qui parlent de nous sans nous consulter et sans vraiment vouloir dialoguer. Ils ne sont pas présentables ceux-là. Ils étaient avec leurs amis, ces fauves égarés. Pauvres disciples! On ne les connaissait pas, mais on ne les aimait pas non plus. Nous sommes si ouverts que notre regard peut distinguer la fermeture instantanément. On avait entendu dire qu’ils venaient pour gagner la coupe. On ne voulait pas d’eux cette journée-là. Dans la lettre d’invitation que mes amilitants avaient rédigée pis envoyée sur Internet, leur nom d’organisation n’y figurait pas. Pourtant, on ne fait que parler d’eux ces temps-ci, mais en secret… c’est plus pratique pour notre sauvegarde psychologique. Toujours dans des lieux bien fermés, au DIRA par exemple, avec Raymond le barbu.

C’était un tournoi sportif ambitieux, un genre de combat de boxe poétique, mais avec plus de monde et des arbitres pourris. Y’avait un peu moins d’ambiance qu’au Forum, sauf lorsqu’on jouait contre nos ennemis, là la tension montait en flèche. Ben oui! On avait nos préférés et nos ennemis; un peu comme pendant la Coupe du monde, on essayait de sublimer nos différends sur le terrain de soccer. Cette clique de critiqueux qui ne font jamais rien, qui sont déconnectés de la réalité, qui ne proposent rien non plus et qui chient sur nos looks d’enfer, on en a assez. Leur affaire n’est que de la petite théorie sur laquelle mes opinions surfent aisément.

On a décidé de former une équipe pour les combattre, peu importe le nom qu’elle portait à l’origine; on peut dire que c’était la CLAC-Unit qui les affrontait. On a vu la NEFAC qui n’avait qu’une seule fille sur le terrain et nous les avons critiqué pour ça, mais lorsque nous avons affronté nos ennemis, là, les règles de bienséance ne tenaient plus. Le consensus de la torpeur. « Faux camarades », qu’ils disaient… Le DIRA organisait le tournoi, et nous l’avons gagné grâce à notre gardien et ses deux pieds d’avance sur le sifflet.

Regardez-moi, je suis une amilitante de tous les instants; quand on m’appelle, je donne mes conseils et j’essaie d’éviter le pire, c’est-à-dire les allusions à propos de ma propre situation domestique minable. Bien sûr, je n’avouerai jamais que ma condition de femme au foyer m’empêche de mener toute action politique ces temps-ci. J’aime mieux faire la morale aux autres sous le couvert de ma notabilité; on se souviendra surtout de moi comme victime d’un sévère tabassage au Tiers-monde. Cette histoire est suffisante pour ne rien faire pendant 4 ans, puis, en revanche, faire la morale aux autres lorsqu’il y a parade anarcissique! Je leur reproche de nous critiquer sans rien faire. Moi, je donne le sein à mon enfant au moins.

L’anarchisme, c’est un style de vie avec plein d’amis à mon image.

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