Lettre aux membres du collectif Hors-d’Øeuvre

Version imprimablepublié par HØ-archives le 1 février 2009

En vue du congrès qui aura lieu du 9 au 11 janvier 2009. Position de la cellule trifluvienne au sujet du projet de blogue intitulé «Chronique de l’ennui : une aventure trifluvienne»

 

1. La fin des illusions

fête portuaire

Pour confirmer ce que certaines de mes connaissances croyaient au sujet de mon départ de Montréal, il s’agissait bien d’un des « coups de têtes » qui me sont si particuliers. Mais si au cours de notre amitié j’ai été porté à aller dans une direction pour bifurquer spontanément au moment où il pu vous paraître insensé de le faire, sachez que j’en ai eu pour mon rhume et que j’ai bien pris conscience qu’une telle attitude n’apportait souvent que bien des désagréments et bien des cures inutiles. Cependant, je ne peux que me féliciter de ce départ et ce que j’ai entrepris ici à Trois-Rivières n’a révélé que tout récemment le caractère salutaire de ma décision pour le moins surprenante.

En déménageant je croyais d’abord obtenir une certaine indépendance mais la réalité étant ce qu’elle est, elle ne s’est pas éternisé avant de me rattraper ici. D’abord en occultant mes longues heures d’inactivité et puis, maintenant, je m’y heurte à chacune de mes activités avec moins de remèdes que lorsque je vivais à « la grand’ville ». En m’éloignant de mes amis, proches parents et camarades, de ceux qui m’étaient devenus familiers, je me suis retrouvé bien seul dans une foule inconnue. Les rapports que j’entretins avec les trifluviens en furent teintés de l’inévitable retrait que l’on associe spontanément à l’étrangeté et, fidèle à moi-même, je restai hostile aux compromis; peu enclin à socialiser sur une base d’immersion plutôt que de surface. Attitude compréhensible et néanmoins idéaliste.

Alors en ce début d’année marqué par un resserrement progressif de l’étau économique, laissant peu de temps à la retraite, comme l’industrie il est de première nécessité de s’interroger sur le « plan d’affaire » de notre projet.

2. But et méthode

À la relecture de l’avant-propos lucide des chroniques de l’ennui, j’ai constaté que beaucoup d’attention avait été mise sur certaines des limites inhérentes à la forme du blogue et qu’aucun but n’en ressortait à première vue outre l’intrigue : « Ici, l’objectif est de vérifier certaines hypothèses quant aux possibilités d’expansion de notre organisation. Nous restons parfaitement unis par-delà les géographies, vu l’extrême adversité que suscite notre travail » ou encore « Est-ce que Trois-Rivières vaincra notre cellule solitaire? »

Or, dans cette lutte acharnée pour la survie, je me propose de donner une orientation plus précise et ludique pour le lecteur que le spectacle de mon hypothétique cirrhose dégénérative. Dans la soumission préliminaire du projet à Hors-d’œuvre, il avait justement été question d’une « chronique qui se veut tant éducative qu’amusante : toujours pertinente[1]». Objectifs louables (quoique légèrement naïfs) mais qui n’ont, à mon avis, pas entièrement étés respectés. L’aventure trifluvienne ne rejoint pas les lecteurs de ce secteur et cela s’explique par son isolement. En premier lieu parce qu’Hors-d’œuvre ne perce pas le marché mauricien et puis parce que le blogue est écrit par un individu malade, associable et réfractaire à son milieu.

Ce qui échappe néanmoins à ce piètre constat est la forme avantageuse de cette chronique et qui est rendue possible par l’infranchissable pauvreté du blogue qui est resté, je dois l’admettre, une tentative plus souple de contact que le cadre rigoureux dans lequel Hors-d’œuvre avait jusqu’ici pris ses habitudes. Son utilisation adéquate dépendra de l’exercice de réflexion dans lequel le collectif s’engage au sujet de son avenir.

3. La vitesse de la pauvreté

Maintenant qu’ont été dégagées certains des problèmes liés à la formalisation du projet en questionnement, il reste à traiter (sans s’éterniser) des répercussions socio affectives personnelles qu’il engendre nécessairement. D’ailleurs, dans le processus de discussion préliminaire, j’avais insisté sur la possibilité d’un changement de ton par égard à ma stabilité psychologique. Idée qui fut vite abandonnée parce qu’aucun produit de qualité n’en était ressorti, c’était même, si je puis me permettre, lamentable[2].

L’inclination de l’auteur à faire dans un cynisme puéril mais précis l’a tout naturellement conduit à une thérapie ruineuse et à la résurgence d’un problème d’alcoolisme qui, heureusement, fut circonscrit à des périodes de crises majeures (avec quelques épanchements sans conséquences, sans suite). Mais la pression se fait d’autant plus forte qu’avant elle se trouvait limitée à ses durs moments de solitude alors que par inversion, ces moments viennent à manquer cruellement. Si la violence était diffuse, elle en est devenue affolante. Force est de constater que ma situation devient chaque jour plus précaire.

4. Allo?

La vérité est que ces difficultés affectent nombre d’individus ici et que NOUS cherchons un moyen d’y faire face. L’attitude qui caractérisait mon approche initiale en tenait compte mais tombait dans une grossière banalisation des capacités dont font preuve quelques un(e)s. Cette ville inspire des personnes qui ne demandent qu’à s’exprimer. De récents événements m’en ont fourni la preuve, que ce soit, par exemple, un ouvrier agricole qui s’engueule avec le gérant d’un supermarché au sujet du prix exorbitant des produits alimentaires de bases, ou bien une gérante de banque qui supporte les émeutiers en Grèce parce qu’ils-elles s’attaquent avec joie à sa geôle en passant par le professionnel surpayé qui soutient qu’il faudra nombre de ces émeutes pour changer la pauvre réalité de son existence.

Ces gens ont en commun, hormis une lucidité frappante, qu’ils ou elles ne sont pas porté(e)s à tenir de tels propos en public mais lorsque l’occasion se présente s’y mettent allègrement. Je ne suis qu’un parmi plusieurs à être victime de cet environnement, tous et toutes à une échelle différente.

Trois-Rivières est une ville brutale et cruelle parce qu’elle n’offre aucune perspective. Le masque coloré qu’elle présente aux premiers abords est une décoration destinée à tromper les touristes mais ne fait pas long feu face à ses habitants (sauf les plus inconscients qui passent au travers comme dans un trompe-l’oeil). La situation change constamment à notre désavantage puisque nous ne possédons aucun pouvoir sur elle. Elle doit être dénoncée et étudiée pour ce qu’elle est effectivement pour être maîtrisée ensuite. Je ne cache à personne que ce sera là le but de cette chronique : dénoncer et étudier. Elle ne peut être rien d’autre que la voix des insatisfaits qui demandent une voie hors de ces rues désertes.

5. Contribution volontaire

La chronique de l’ennui est une aventure trifluvienne audacieuse mais ne s’est pas engagée à se doter de toutes les ressources à sa disposition. Les commentaires des lecteurs en sont la preuve consternante (Jusqu’à présent trois : le premier vient d’un individu perdu, le second d’un mauvais lecteur et le troisième d’un fou). Cette situation doit être renversée. J’invite donc Hors-d’œuvre à accepter en congrès cette proposition d’invitation destinée à Trois-Rivières :

Que dorénavant, les lecteurs qui se sentent concernés soit par le sujet d’un article ou bien par tout ce qui a pour point de départ Trois-Rivières (allant dans le sens de ce qui a été amené jusqu’ici) et qui ressentent l’envie d’en faire un suivi détaillé et critique communiquent avec le collectif (hors.doeuvre@gmail.com) qui vous contactera afin de considérer le sérieux des démarches et la possibilité soit d’une précision concernant le contenu d’un article présentement disponible ou encore de l’élaboration d’un nouvel épisode consacré. Il va sans dire qu’Hors-d’œuvre et son émissaire se réservent le droit de refuser toute demande et de conserver à des fins matérielles les requêtes écartées.

Les conditions susmentionnées ont pour objectif de décourager tout individu malintentionné ou qui manquent de sérieux et non pas d’apeurer les autres, je suis sincère.

Soyez assurés que tous mes meilleurs sentiments iront vers vous dans les lourdes tâches que vous entreprendrez lors du congrès.

- Cellule trifluvienne


[1] Archive : Projet TR, 9 septembre 2008

[2] Voir les nombreux brouillons dans les archives qui en attestent.

 

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