Peindre à la bombe

Version imprimablepublié par Hors-d'Øeuvre le 10 août 2015

Le lendemain de la commémoration du septième anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, l’organisme Mu devait entamer la réalisation d’une murale sur le mur du parc Henri-Bourassa, à l’endroit même où le jeune homme est assassiné par deux agents du SPVM. D’un accord conjoint entre Mu et le Conseil d’Arrondissement, la murale en question, composée de 5 vignettes représentant différentes scènes de la culture de Montréal-Nord, dont le jazzman Oliver Jones, devait passer sous silence cet événement important de l’histoire récente du quartier. Alors que l’organisme Mu accepte son rôle répressif en réalisant une murale qui participe à faire disparaître les traces des violences racistes du SPVM, le street art populaire, lui, décide de la faire vivre envers et contre les institutions collaboratrices. Le graffiti « FREDY RIP », peint sur le mur devant recevoir la murale, s’impose comme un défi à la récupération pacificatrice de l’art mural.

Mais les artistes chargés de la réalisation de la murale n’auront pas à décider s’ils acceptent ou non de recouvrir l’œuvre politique de leurs homologues underground : apparu dans la nuit d’hier à aujourd’hui, le graff était en cours d’effacement dès 10 heures ce matin. La municipalité, pressée d’en finir pour de bon avec l’histoire du jeune latino, n’a pas perdu de temps avant de faire disparaître cette prise de parole. Le lendemain de la mort de Fredy, les rues de Montréal-Nord étaient en proie au retour du refoulé des crimes policiers : le propane, pillé dans les stations d’essence, servait à faire entendre la souffrance, la misère et le racisme. Sept ans plus tard, on est passé aux bonbonnes de peinture, mais c’est la même violence comprimée qui en sort, pour ancrer dans la mémoire ce qui ne veut pas être effacé.

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