Code d'honneur

Version imprimablepublié par Hors-d'Øeuvre le 22 mars 2012

« Les groupes qui cherchent à créer une organisation révolutionnaire d'un type nouveau rencontrent leur plus grande difficulté dans la tâche d'établir de nouveaux rapports humains à l'intérieur d'une telle organisation. Il est sûr que la pression omniprésente de la société s'exerce contre cet essai. Mais, faute d'y parvenir par des méthodes qui sont à expérimenter, on ne peut sortir de la politique spécialisée. »

Internationale situationniste

 

Hors-d'Øeuvre est un collectif ayant pour but de contribuer aux dynamiques sociales favorables à la réalisation du plein potentiel d’une humanité décidée à emprunter la voie du dépassement communiste. À l'encontre de la nuisible dichotomie entre moyens et fins, nos propres personnes ainsi que notre organisation sont enjointes à agir dans le sens de cette société que nous souhaitons voir s'ériger. La thèse selon laquelle les révolutionnaires critiques doivent compléter leur production théorique et leur travail pratique de standards moraux élevés au quotidien (« le privé est politique ») nous paraît donc centrale, car porteuse d’une critique radicale du domaine privé lui-même.

La priorité de l'engagement fondamental des membres de HØ est en ce sens de mener une vie aussi juste que le combat à mort contre une totalité sociale injuste nous le permet. Le présent Code d'honneur est à ce titre la politique organisationnelle fondamentale de notre groupe.

Des balises larges mais puissantes, se rapportant à l’autorité individuelle des membres du groupe, remplacent ici les lois et règlements. Elles s’élaborent autour de trois axes vertueux qui synthétisent nos vues quant à une conduite honorable et passionnée. Primo, l’autonomie, c’est-à-dire la prise individuelle de positions rationnelles et risquées, l’organisation de l’esprit d’initiative se portant alors garante d’un collectif d’avant-garde planifiée. Également, l’engagement concret dans l’étude globale de la société et l’action visant à la transformer, soit faire passer notre discours politique du seuil de la prétention à celui de la compétence, dans les petites comme les grandes affaires. De plus, en incarnant une culture d’entraide critique à même de refonder un tissu social solide, fondé sur la double nécessité de penser et de marcher avec les personnes de bonne volonté que présuppose toute démocratie véritable.

Comme Hors-d’Øeuvre offre un espace où nous ne sommes pas différents qu’ailleurs, ces balises ne rencontrent pas dans les instances et activités du groupe des principes limitatifs, bien au contraire. Le comportement honorable est de mise partout, dans toutes les sphères de l’existence du membre, plutôt que dans son simple rapport productif envers le groupe. Les activités de celui-ci favorisent cependant une émancipation en ce que, ces balises partagées, elles sont un moment d’expérimentation de l’honneur. À partir de celui-ci, le membre pourra étendre graduellement cette façon d’être et l’accompagner d’une planification temporelle de son existence apte à favoriser son développement, reflet de la culture organisationnelle à la fois affinitaire et ambitieuse du groupe. Le plan de vie demeure la responsabilité de l'individu, mais le groupe s'engage à s'impliquer dans la réalisation de ce plan, voire à l'altérer selon les observations qu'il peut faire du cheminement de chacun.

De ces balises totalisantes on peut dériver un grand nombre de principes spécifiques orientant les actes du membre, dont quelques-uns colligés sommairement ci-dessous. On ne devrait pas les considérer comme de vulgaires règlements mais plutôt comme un lot d’habitudes inhérentes à la vie de notre groupe.

 

1. Être préparé aux réunions, tant sur les questions à débattre que sur ses dispositions personnelles (temps à consacrer, ressources autres, calendrier, problèmes…);

2. Prendre des tâches dans la mesure de ses capacités;

3. Lire les notes de travail et procès-verbaux systématiquement et proposer des corrections au plus vite s’il y a lieu;

4. Ne pas hésiter à critiquer le groupe, ses autres membres ou à s’autocritiquer quant à des manquements ou à des positions ou actes problématiques, y compris publiquement bien qu’avec respect;

5. Accumuler et partager les nouvelles, informations et idées pertinentes;

6. Entreprendre la lecture de classiques de la pensée et l’organiser collectivement si possible;

7. Partager les expertises pertinentes pour alimenter le groupe en connaissances intellectuelles et techniques;

8. Respecter et défendre la ligne politique de l’organisation et promouvoir humblement la défense d’une ligne juste et la création d’organisations aux objectifs congrus aux nôtres;

9. Suspendre son jugement en cas de doute raisonnable.

 

Politique de déshonneur

Tout membre de Hors-d’Øeuvre désire ardemment l'amélioration et le succès du groupe. Il désire donc faire son devoir et éviter les manquements. Lorsqu'il y a errance et que par négligence ou mauvaise action une faute est commise – non-respect d'une politique, écart de comportement – nous faisons face à la contradiction classique entre la volonté et l'action. Le premier à en être victime est celui qui vit cet écartèlement, mais il va sans dire que le groupe en souffre davantage et que cette faute peut désarçonner son équilibre dynamique. Comment donc doit-il agir face à la négligence de ses membres ? La conséquence qu'il peut imposer au fautif, corvée ou autre, ne peut équivaloir, et à peine compenser, le temps déréglé par lui, d'autant plus que les corvées impliquant un temps de travail supplémentaire sont soit impossibles vu la tâche déjà grande des membres, soit malsaines vu l'économie punitive qu'elle apporte dans le fonctionnement du groupe. Si nous comptons sur le travail des corvées pour se doter, par exemple, d'une bibliothèque virtuelle, ce sera cet objectif qui viendra à prendre le pas sur celui de la justice.

Il n'y a pas de commune mesure entre crime et châtiment. La répression qui ne tient pas compte de cette réalité problématique devient soit une menace, soit un symbole. Si la conséquence du manquement repose sur le groupe autant que sur l'individu mais nuit au groupe plus qu'au particulier, comment alors faire peser sur lui le poids de son action? Le plus grand honneur est celui de bien se comporter au sein du projet dont on détient de façon commune tous les leviers de commandement. Le plus grand déshonneur est d'y faillir : en échouant, c'est soi-même que l'on perd. Ce déshonneur devrait suffire à prévenir les fautes. Toutefois, une conception saine de l'honneur dépasse le cadre d'une organisation, pour qu'elle ne se sclérose pas autour du dénigrement des fautifs. L’engagement de Hors-d’Øeuvre pour la révolution est un engagement pris envers le monde et ne peut pas être réduit aux frontières formelles du groupe. C'est pourquoi le manquement d’un des membres face à ses tâches doit être fait public.

Si déshonneur il y a, c’est-à-dire qu’un manquement grave ou une accumulation de fautes légères désarçonne le groupe et enraye son travail, il sera donc publié sur notre site Internet dans une page dédiée à cette fin après débat en réunion. Le manquement y sera explicité, comme les torts qu'il a fait encourir au groupe. Cette mention s’accompagnera d’un plan d’action décidé conjointement par le membre fautif et le groupe, visant à prévenir la résurgence de problèmes similaires. Si la situation est surmontée, mention sera alors faite traitant de la démarche de l’individu et lavant ainsi au moins partiellement son honneur de même que celui du groupe.

 

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Projet
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