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 Sujet du message: PRIS: Propos d'un imbécile
MessagePosté: Dim 24 Sep 2006, 11:06 am 
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Propos d'un imbécile
par l'Internationale Situationniste (1966)


Encore pire que l'ancien, Le Nouvel Observateur est une sorte de Niagara de la sottise (6 810 000 litres par seconde), et une très belle part de ce débit est assuré par deux de ses rédacteurs particulièrement méritants, Katia Kaupp et Michel Cournot, dont les écrits pourront prendre valeur de document historique pour l'étude de la phase suprême de la décomposition culturelle spectaculaire: la bêtise jointe à la vulgarité du ton en font exactement les Jean Nocher de la gauche (une gauche qui adhère aussi fondamentalement à la société de dominante que Jean Nocher, à quelques nuances près concernant la «modernisation» de cette domination). Pour son lancement, cet hebdomadaire avait dû cependant recourir à des extras. Son no1 (19 novembre 1964) présentait sur cinq pages l’interview d’une vedette de la pensée. Nous révèlerons ici quelques uns de ses plus extraordinaires propos, les remarques entre parenthèses étant toujours de nous, et naturellement jamais de la marionnette du Nouvel Obstervateur qui feignait de dialoguer avec l'oracle.

«Les jeunes gens que je rencontre, dit l'imbécile, ont peut-être la tête moins chaude qu’autrefois, mais ce qui me frappe le plus, c’est qu’ils en sont souvent, politiquement, au même point que moi. Leur point de départ est mon point d'arrivée… Et ils ont toute une vie devant eux pour construire sur la base qui est mon aboutissement.» (Évidemment, les jeunes gens qui n’en sont pas au même point de dégradation politique ne voudraient en aucun cas voir l’imbécile ; et peut-être que pour ceux qui en sont malheureusement là, cent vies successives «devant eux» ne pourraient jamais rien construire sur la base de son aboutissement, dont tout montre qu’il est un cul-de-sac intellectuel.)

«En France, en utilisant le phénomène yé-yé, on a voulu faire de la jeunesse une classe de consommateurs.» (Parfait renversement de la réalité : c’est parce que la jeunesse des pays capitalistes modernes est devenue une très importante catégorie de consommateurs qu’apparaissent les phénomènes du genre yé-yé.)

«Vous ne pouvez faire allusion qu’à l'idéologie marxiste. Aujourd'hui, je n’en connais pas d’autre: ce n’est pas par sa fermeté mais par son absence que brille l'idéologie bourgeoise.» (Ceux qui ont lu Marx savent que sa méthode est une critique radicale des idéologies, mais celui qui n’a lu que Staline peut féliciter le «marxisme» d’être devenu la meilleure des idéologies, celle qui a la plus ferme police.)

«Le socialisme ne peut être pur qu’en idée ou, peut-être, beaucoup plus tard, s'il devient le régime de toutes les sociétés. En attendant, son incarnation dans un pays particulier implique qu'il doit se faire et qu’il se définit par une infinité de rapports le reste du monde. Par là, la réalité se forge, la pureté de l'idée s’altère.» (Voilà un idéologue marxiste dans son numéro d’idéologie: les idées sont pures au ciel et s’incarnent en pourriture. Ce penseur se console d’être manifestement une marchandise avariée dans «ses rapports avec le reste du monde» puisqu’il est lui-même réel, et qu’il a posé en principe que toute réalisation dans le monde doit être une altération fondamentale ; doit nous mener à apprécier des charognes aussi avancées que lui.)

Tout de suite après l’imbécile rapporte les propos, qu’il admire fort, d’un Malien : «Notre socialisme est conditionné par le fait que nous sommes un pays continent sans aucun débouché sur la mer.» (Ne serait-il pas aussi quelque peu conditionné par l'absence d'un prolétariat industriel au Mali ? Vétille, devant la géopolitique d’un penseur de ce poids!)

À l'idée que toutes les sociétés industrielles auraient beaucoup de traits communs, l'imbécile rétorque : «Pour l’affirmer, il faudrait prouver qu’il y a une lutte de classes dans les pays socialistes, c’est-à-dire que les privilèges accordés à certains se stratifient. Cela n’est point : il y a des inégalités très réelles. Mais l’argent gagné par un directeur d’usine en U.R.S.S. ne peut se réinvestir nulle part : il se dépense et ne peut se reconstituer ou s’augmenter entre ses mains pour devenir la base d’un pouvoir de classe.» (Base qui est ailleurs : dans la possession de l'État; ce que gagne le privilégié en U.R.S.S. ne fonde pas son pouvoir, mais traduit clairement son pouvoir.)

«On scandalise les Soviétiques sont choqués quand on a l’air de croire que l’argent peut, chez eux, conférer puissance.» (Bien sûr, puisque c'est l'inverse!)

«Et certes, ces «fonctionnaires haut placés» ont de nombreux privilèges dans la mesure même où le régime est autoritaire, il existe une instabilité sociale, des brassages, des disgrâces, un constant appel d’air qui fait monter les nouveaux venus de la base vers le sommet. S’il devait y avoir des conflits en U.R.S.S., ils prendraient l'aspect d'un réformisme et pas d'une révolution.» (Ainsi l’arbitraire même témoigne contre l’existence d’une classe dominante en URSS.; de sorte qu’à ce degré de défi jeté à l’intelligence on pourrait soutenir que le capitalisme de libre concurrence au temps de Marx était, lui aussi, socialiste puisque ses lois économiques ruinaient beaucoup d'industriels, et qu’il arrivait parfois que certains ouvriers deviennent patrons, d’où instabilité sociale, brassage, etc.)

Mais l'idée d'un imbécile pur de cette dimension serait en effet «une pure idée». Il faut bien un tel imbécile existant réellement, se soit en plus fermement identifié à un pouvoir répressif. Le même, après la révolte armée du prolétariat hongrois, dans un de ces «pays socialistes» où «il faudrait prouver» qu’il peut y avoir des luttes de classe, avait tellement à cœur de défendre les intérêts de la bureaucratie russe qu’il se plaçait plus à droite que Khrouchtchev, en écrivant : «La faute la plus énorme a probablement été le rapport de Khrouchtchev, car la dénonciation publique et solennelle, l'exposition détaillée de tous les crimes d'un personnage sacré qui a représenté si longtemps le régime est une folie quand une telle franchise n'est pas rendue possible par une élévation préalable et considérable du niveau de vie de la population... Le résultat a été de découvrir la vérité à des masses qui n'étaient pas prêtes à la recevoir.»

Le penseur que nous avons parlé est Sartre ; et quiconque veut encore discuter sérieusement de la valeur philosophique ou politique, ou littéraire --- cette salade ne se détaille pas --- d'une telle nullité, ainsi gonflée si haut par les diverses autorités qui y trouvent leur bonheur, perd à l’instant le droit d’être lui-même accepté comme interlocuteur par tout ceux qui ne renonceront pas à la conscience possible de notre époque.

Source: DE L'ALIÉNATION - Examen de plusieurs aspects concrets, Internationale situationniste #10, Mars 1966

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