Forum de Hors-d'Øeuvre

Un élément parmi rien d'autre.
Nous sommes le Mar 19 Nov 2019, 7:55 am

Heures au format UTC - 5 heures




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 1 message ] 
Auteur Message
 Sujet du message: REÇU: Lettre pour vous
MessagePosté: Mer 28 Mai 2008, 3:03 pm 
Hors ligne
Site Admin
Avatar de l’utilisateur

Inscription: Dim 21 Mai 2006, 2:24 am
Messages: 89
Lettre pour vous
Par Adrien T., mai 2008


A moins d'aimer se plonger dans les nuances infinies à la recherche d'un compromis, votre « Déclaration de Guerre » est exécrable du début à la fin. Je vous fais ici un grand cadeau: une réponse. . C'est idiot de tomber dans le piège de vous offrir des raisons d'écrire, mais je n'en peux plus de toutes vos imbécillités.

Citation:
L'aventure du progrès en milieu anarchiste est un combat ardu. Plusieurs tendances ont défiguré à coups de vaines théories le projet social auquel nous nous identifions. Le libéralisme politique n'est pas une solution souhaitable à nos problèmes de cohérence. Nous sommes persuadé-es que le débat est indispensable pour résoudre la crise, que l'anarchisme ne peut être encore «tout et n'importe quoi» au risque de voir sa communauté se faire définitivement digérer par le système. L'attitude réfractaire à toute critique, venant d'un milieu qui prétend l'être, constitue un frein au progrès.


Les idées socialistes ou communistes ne sont pas le produit du cerveau de quelques intellectuels-lles, elles sont le produit de la lutte. La pensée, aussi raisonnée soit-elle, n'est pas le reflet du monde objectif et matériel, pas plus que le communisme n'a de porte parole. Il serait absurde de penser que le prolétariat(1) (qu'on ne féminise pas) a attendu l'arrivée de bons penseurs-ses pour arriver à l'idée du communisme. C'est la lutte qui constitue le fondement et l'unique source de toute théorie révolutionnaire. L'être même du prolétariat comme négation complète de la société existante fonde historiquement et théoriquement le communisme. Il est ici inutile d'en appeler à la Raison, le prolétariat incarne la négation dans son existence même. La spéculation rationnelle ne peut faire tomber le communisme que dans l'abstraction. Si tel est votre but, peut-être vendrez-vous quelques livres.

Cette notion est importante du fait de votre adoration du monde des idées. Dans votre tract, comme dans toutes vos réalisations précédentes, tout se situe au niveau du débat d'idées entre auteurs-res gauchistes La réalité est restée inchangée, tout au plus quelques nuances dans les bordures, mais votre constat est toujours le même: des idiots et idiotes se sont mis-ses à mal-penser. Vous l'avez dit maintes fois vous-mêmes, vos ennemis sont les post-modernes (surtout ceux au sein du « milieu militant »). Mais, si vous vous revendiquez du marxisme, il faudrait expliquer pourquoi toutes vos attaques portent au niveau du débat d'idées?

De plus, l'anarchisme ne peut se définir comme une communauté (à réaliser rationnellement ou pas) et encore moins un « milieu ». Je laisse ces distinctions aux amateurs et amatrices d'identité culturelle, et aux adorateurs et adoratrices du monde des idées. Vous appelez à la lutte du prolétariat tout en vous adressant au milieu anarchiste (« coalition pour le progrès en milieu anarchiste »). Cette habitude est heureusement explicitée un peu plus bas.

Citation:
L'anarchisme est une doctrine révolutionnaire qui a pour objectif de changer le cours de l'histoire. Bien sûr, nous voulons une société juste composée d'êtres libres et égaux, une société exempte d'aliénation et susceptible d'atteindre le bonheur à terme. Mais adopter une position théorique de la sorte est insuffisant puisqu'il s'agit d'une posture plastique socialement acceptable. En ce sens, nous pensons qu'il est inapproprié de présenter ces revendications à la population sans programme politique concret.


Faut-il ici relever les contradictions de logique formelle? Le progrès dans le milieu consisterait à l'élaboration d'un « programme politique concret ». Voilà pourquoi vous tenez tant au milieu anarchiste, c'est pour vous le rassemblement de ceux et celles qui doivent penser la société les stratégies révolutionnaires et la société d'après. L'élaboration d'un tel programme est une belle « posture plastique socialement acceptable ». On ne compte pas dans les libraires et bibliothèques les auteurs-res de système. La réalité sera d'abord élaborée dans nos livres, ou dans nos discours, puis une fois tout ceci rationnellement élaboré nous nous adresserons « à la population ». La révolution serait ainsi un programme à réaliser, une idée à diffuser et faire accepter par la population. Je vous laisse bien volontiers un tel projet. Mettez-y tout le progrès que vous voudrez.

Il est très drôle de voir combien vous vous fâchez aussitôt que quelqu'un ne partage pas votre rationalité, dès que l'exercice de la « Raison » (que vous invoquez constamment) n'arrive pas au même discours que le vôtre. Je m'étonne d'ailleurs que toute votre pensée et pratique politique se fonde sur un concept inventé par la Bourgeoisie du 18e siècle. Ceux-là mêmes (en ayant expulsé les femmes au préalable) qui firent de la Révolution française la naissance de l'état moderne en écartant tous et toutes les autres. Vous êtes parfois de mauvaise foi., j'imagine que c'en est un des exemples. Quand vous affirmez qu'il faut élaborer une stratégie efficace, vous devez pourtant en avoir une bien précise pour pouvoir discréditer toutes les autres???

Citation:
Nous savons d'expérience que la pratique contestataire lifestyle se limite dans l'espace et le temps, entre vie privée et carpe diem. L'idéologie dominante influence tous les membres de la société et le milieu anarchiste n'est pas épargné. Il flirte avec certaines idées prêtes à être vendues sur le marché universitaire. Les victimes sont issues de la jeunesse dilatée intégrant sans friction les marchandises rhétoriques dans le vent. Les arrivages sont constants. Végétalisme, zen, hédonisme, consensus, pacifisme, points d'interrogation. Les nouvelles indulgences du libre marché ont pour fonction l'intégration des révolutionnaires tranquilles via la promotion du fantasme de l'autonomie. L'individualiste devra admettre que «les distances que l'on prend par rapport aux rouages du système représentent un luxe qui n'est possible que comme produit du système lui-même.»(2) .

(....) [(passage sans aucun intérêt)

L'écart entre théorie et pratique chez l'individu Zerzan est terrifiant en ceci qu'aucune pratique ne peut se soustraire à la civilisation; les armes de sa critique sont le produit de cette même civilisation. Un conférencier qui s'oppose au langage, un primitiviste qui prend l'avion, un écrivain à succès contre la réification… Il y a de quoi rire. John n'est qu'un vulgaire vendeur de livres. Son équipe de production entretient autour de lui un culte de la personnalité. La couverture de son dernier ouvrage est significative à cet égard: son portrait, retouché numériquement.


Ces deux paragraphes sont les plus cocasses. D'une part, vous distinguez vie privée et vie publique en affirmant que « la pratique contestataire lifestyle se limite (écartons l'espace et le temps, on se demande quelle vie n'est pas limitée par ces deux dimensions, la rhétorique littéraire permet toutes les esbrouffes) entre vie privée et carpe diem ». Vous citez Adorno un peu plus loin (le pauvre a dût se retourner dans sa tombe comme dirait mon grand-père) , vous auriez pu lire quelques autres livres de la même région. L'espace public est une notion liée à la société bourgeoise, mais j'imagine que vous désirez la sauvegarder. Sans elle vous n'auriez plus aucun espace où créer des petits scandales, et tout le sensationnel que vous semblez tant rechercher.

Les victimes sont issues de la jeunesse dilatée intégrant sans friction les marchandises rhétoriques dans le vent. » Vous pouvez lire 14 fois les oeuvres complètes de Debord et de l'IS pour travailler vos phrases, les événements ont montré que cela ne sauvait pas grand-chose. Avec un peu de chance, vous pourrez vous recycler dans la publicité).

Vous mélangez absolument tout, le primitivisme et la passion du Zen, et surtout vous reprochez à un auteur «L'écart entre théorie et pratique ». Pourtant, vous faites de cette attitude votre mode de vie. Dans votre théorie, la politique ne s'exerce que dans ce que le pouvoir (aidé de ses troupes bourgeoises) a défini comme étant la sphère du politique. Toute activité politique se définit pour vous par sa présence dans l'espace public et à un grand nombre de participants (si possible une masse). Au passage, seuls-les les quelques individus-ues (je n'en connais aucun, je vous accorde le bénéfice du doute) prétendent affirmer que par des pratiques que vous qualifiez « lifestyle » chacun, chacune peut devenir autonome.

Zerzan prend l'avion pour mieux suivre vos principes. Il est primitiviste mais n'est pas parti aussitôt vivre dans la forêt. D'une part, ce serait ignorer que le pouvoir en place pourrait bien l'en empêcher et surtout s'abstraire du reste du monde comme si le sort de celui-ci ne le concernait pas. Pour mieux propager la Révolution, il faut bien être parmi les autres, dans le monde, non?

En réalité, l'idée primitiviste vous dérange pour toute autre chose que la perspective de vivre dans la jungle ou les déplacements d'un de ses défenseurs. Elle montre que la totalité du monde pourrait bien être malsaine. La bourgeoisie ne serait plus la seule coupable. Il se pourrait que votre mode de vie lui-même soit malsain. Il ne suffirait plus alors de changer le principe de l'économie (quitter l'accumulation du profit pour l'entraide). L'horreur du monde ne tiendrait pas qu'à un certain type de rapport économique mais à beaucoup d'autres choses. Et surtout, voilà votre plus grand ennemi, il se pourrait que la reproduction de l'état des choses ne relève pas seulement de l'action de la bourgeoisie, mais de la participation à sa reproduction de tous et toutes. Il se pourrait même qu'il n'existe pas de sortie à la lutte des classes au sein de la civilisation occidentale....Il se pourrait même que le prolétariat plutôt que de prendre le pouvoir doive travailler à son auto-négation, détruire le monde du travail (« prolétaires de tous les pays, finissez-en! » comme on dit certains et certaines)...La révolte n'est pas une sensation que l'on trouve à Disneyland ou un produit qui s'achète dans un rayon de supermarché, elle se construit dans le temps à travers des ruptures, au quotidien et pas seulement lors de grands événements.

Mais tout ceci vous effraie bien trop... Quand vous affirmez que quelqu'un-une qui devient professeur-re de CEGEP ou d'université, ou qui se fait cadre supérieur, a bien raison. Qu'il ne fait qu'améliorer ses conditions de vie au sein du système capitaliste, qu'une fois cela fait il/elle lui sera bien plus facile de lutter pour l'émancipation de l'humanité. Vous pourriez bien vous tromper, il se pourrait que le monde existant ne repose pas seulement sur la méchante bourgeoisie... L'idéologie dominante pourrait aussi avoir produit son contre-modèle pour mieux apaiser toute la société.

La contre-culture devient précisément une pratique « lifestyle » (pour reprendre votre terme) si justement elle n'est associée à aucune pratique réelle. Quand elle n'est qu'une activité parmi les autres que l'on adopte quand on s'ennuie le samedi soir, quand on cherche du fun.

La lutte est pour vous une activité parmi les autres, un certain idéal à réaliser une fois que nous serons nombreux. Vous affirmez par exemple que le discours Vegan n'est pas politique puisque décider de ne pas manger de viande est un choix individuel, et surtout que cela n'est pas efficace. Que cela n'entraîne pas de changement direct sur le monde.. Attendez-vous la réalisation du communisme pour développer des pratiques communistes? Je me demande bien ce qui est « lifestyle » exactement.. Vous riez aussitôt que quelqu'un-une critique Facebook ou les téléphones portables sous prétexte que c'est pratique, que c'est idiot de refuser la réalité de notre temps. Mais, il faudrait expliquer alors ce que vous voulez changer exactement... Si tout ne relève que du salaire ou de la propriété des moyens de production, il se pourrait que vous ne soyez troublé que par un certain type de rapport économique, une mauvaise organisation... Vous pourriez bien adorer ce que vous prétendez détruire et simplement vouloir en jouir tout en frappant sur quelques anciens bourgeois..

Citation:
En dernière instance, c'est sur la communauté libertaire que repose la responsabilité de juger de son seuil de tolérance. L'inertie relative du milieu commande une déclaration de guerre, et vlan! Voilà une occasion unique de définir ce que nous sommes et ce que nous ne voulons pas être. Nous, anarchistes pour le progrès, sommes en faveur de la liberté d'association et refusons d'être réuni-es d'une quelconque façon avec les individualistes, primitivistes et postgauchistes. L'exclusion idéologique constitue la seule arme de toute communauté politique fondée sur la raison. Nous vous invitons à prendre position dans vos groupes respectifs et à agir en conséquence, notamment au sein du Collectif du Salon du livre, ultime clique anarcho-libérale à Montréal.


Pour finir, vous devriez être prudent avec cette communauté libertaire au sein de laquelle vous espérez déclencher des guerres et prononcer des jugements. Vous n'avez aucune existence en dehors d'elle et des cours de Cegep. Vous pouvez le décrire « inerte », cela prouve au moins que vous en êtes complètement absents. Si elle arrive, le soulèvement du prolétariat ne viendra pas de la communauté étudiante cégépienne, ni d'un milieu militant. Si c'est le cas, si cela prend une bande d'éclairés allumés (vous êtes trop peu féministes pour qu'il soit nécessaire de féminiser cette expression) pour expliquer ce que c'est la juste raison, espérons que cela n'arrive pas.

Il est temps aussi de comprendre que vous êtes les personnes tolérées à Montréal, que votre présence ne tient qu'à une certaine tolérance. Si elle arrivait vraiment, vous perdriez à coup sûr la guerre dont vous rêvez tant.


1. Une précision est importante à propos de ce terme utilisé constamment à toutes les sauces. Le prolétariat n'a strictement aucune existence en dehors des phases historiques de lutte. L'évoquer dans une période de société pacifiée revient à idéaliser la condition du travail, à en faire un statut en soi sur lequel peut ensuite se bâtir des politiques sociales-démocrates. Seule la lutte constitue la négation en marche de la société bourgeoise,qu'on peut appeler prolétariat. En d'autres temps et circonstances, ce n'est qu'un symbole.

_________________
Hors-d'Øeuvre
Un élément parmi rien d'autre.


Haut
 Profil  
 
Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 1 message ] 

Heures au format UTC - 5 heures


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Rechercher:
Aller à:  
cron
Powered by phpBB® Forum Software © phpBB Group
Traduction par: phpBB-fr.com