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MessagePosté: Lun 17 Juil 2006, 6:27 am 
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Idées noires
Les anarchistes et leurs journaux au Québec (2000-2006)(1)
Francis Dupuis-Déri


* * * * *
Ce texte est paru originalement en postface du livre de
Marc-André Cyr, La presse anarchiste au Québec - 1976-2001,
éditions Rouge et noir, 2006
* * * * *


Paradoxe apparent : les anarchistes se disent antinationalistes mais plusieurs livres d’histoire de l’anarchisme se limitent à un récit national de l’anarchisme, que ce soit aux États-Unis(2), en France(3), en Russie(4), ou ailleurs. Des études plus générales sur l’anarchisme consacrent souvent des chapitres particuliers à l’anarchisme dans des pays spécifiques, ou au moins dans des régions du monde. Peter Marshall, dans son ouvrage imposant sur l’anarchisme, propose ainsi des chapitres sur la France, l’Italie, l’Espagne, la Russie, les États-Unis, l’Europe du Nord, l’Amérique latine et l’Asie(5). À ce titre, l’histoire de l’anarchisme au Québec est particulièrement mal documentée(6). Nous attendons avec impatience la publication du livre de Michel Nestor sur le sujet, qui reprendra des éléments d’articles déjà parus sur le sujet dans Ruptures, la revue de la NEFAC (North-Eastern Federation of Anarcho-Communists - Fédération des communistes libertaires du Nord-Est). On comprendra ainsi l’importance et l’originalité de la recherche de Marc-André Cyr, qui ouvre enfin une fenêtre sur l’anarchisme québécois des années 1976-2001 à travers son analyse des journaux. Cette étude nous révèle que les anarchistes réagissent souvent aux actions de «leur» État et des compagnies privées enracinées dans «leur» pays, non pas par nationalisme, mais bien parce que l’anarchisme, comme tant de mouvements sociaux, accorde une grande importance aux enjeux locaux, sans abandonner pour autant une réflexion transnationale, comme l’indiquent les nombreux textes consacrés dans leurs journaux aux guerres, à l’impérialisme politique et économique et aux divers mouvements de résistance en Occident et dans les pays du «Tiers monde».

L’histoire de l’anarchisme étant souvent peu documentée, une plongée dans les archives des journaux anarchistes d’une époque permet de saisir quels thèmes et débats ont animé le mouvement à une certaine époque. Il n’est d’ailleurs pas anodin de constater que plusieurs éditeurs ont jugé cette histoire journalistique suffisamment importante pour regrouper des articles d’un même journal ou de diverses publications sous forme de livres, offrant ainsi au lectorat un ensemble de textes généralement peu ou pas accessibles. Des journaux anarchistes ont ainsi le privilège de connaître une deuxième vie : Le père peinard d’Émile Pouget(7), Mother Earth d’Emma Goldman( 8 ), The Blast d’Alexander Berkman(9), Mujeres Libres du mouvement de femmes anarchistes espagnoles du même nom(10), Le Monde libertaire de la Fédération anarchiste de France(11), Love and Rage de la fédération anarchiste révolutionnaire(12) du même nom , Anarchy(13) et Freedom(14). Pour le Québec, il n’y avait de disponibles jusqu’à présent que deux anthologies, soit celle du Q Lotté!(15) et Only a Beginning, qui retrace les débats dans diverses publications canadiennes de 1976 au début des années 2000(16).

Marc-André Cyr, par son travail minutieux d’analyse des journaux anarchistes, montre bien que les militantes et militants mobilisent la pensée anarchiste pour analyser de façon critique des évènements de l’actualité nationale et internationale. Stimulés par l’actualité, ces anarchistes prennent position au Québec sur divers sujets, dont la «question nationale» à l’occasion des référendums tenus par le gouvernement du Parti québécois (PQ), la dérive des syndicats vers l’approche de partenariat, les luttes autochtones et les mobilisations contre le Sommet des Amériques à Québec en avril 2001, pour ne mentionner que quelques exemples. Les années qui suivent la période étudiée par Marc-André Cyr sont marquées par l’apparition de nouveaux journaux anarchistes, mais aussi par un surgissement important des anarchistes dans les médias officiels, qu’ils soient publics ou privés. La discussion que je propose ici s’ouvre sur cette popularité des anarchistes dans les médias «de masse», pour ensuite présenter les journaux anarchistes nés vers l’an 2000, indiquer les thèmes qu’ils abordent et réfléchissent à quelques débats entre anarchistes qui s’expriment dans leurs journaux sous la forme de textes polémiques.

L’anarchiste comme figure médiatique

La montée en visibilité médiatique du mouvement «antimondialisation» ou «altermondialiste» doit beaucoup à la figue de l’anarchiste «casseur», surtout depuis la mobilisation contre l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Seattle, à la fin de 1999. Cette visibilité dont jouissent les anarchistes peut s’expliquer de diverses façons. Premièrement, les anarchistes autoproclamés ou non ont joué un rôle important dans les mobilisations dites «radicales» ou «anticapitalistes» du mouvement altermondialiste. De plus, dix ans après la chute du Mur de Berlin, l’Occident est en manque d’un ennemi intérieur, figure toujours utile pour favoriser une certaine cohésion sociale autour des institutions et des valeurs officielles et justifier la répression des mouvements contestataires. L’Amérique du Nord avait ainsi connu depuis la fin du XIXe siècle des vagues de paniques anticommunistes, connues en anglais sous l’appellation de red scares (peurs rouges). Le Maccarthysme des années 1950 aux États-Unis, de loin la plus connue aujourd’hui, participait de cette stratégie de peur menée par des membres de l’élite pour contrer directement le mouvement ouvrier ou simplement pour discréditer des adversaires politiques modérément à gauche(17). Avec l’effritement brutal de la crédibilité de l’idéologie marxiste-léniniste et la perte d’effectifs des mouvements et des groupes communistes dans les années 1980, doublés du sentiment de toute puissance d’un libéralisme sorti victorieux de la Guerre Froide, la peur du communiste a perdu du ressort. L’anarchiste tout de noir vêtu et qui fracasse des vitrines de McDonald’s et de banques vient remplacer adéquatement le communiste dans le registre des «barbares» qui menacent le système de l’intérieur, tout en restant identifié à un individu irrationnel et peu sérieux( 18 ). Les anarchistes ont acquis une telle notoriété publique que les personnalités politiques elles mêmes les épinglent publiquement. «Si les anarchistes veulent détruire la démocratie, nous ne les laisserons pas faire», a ainsi déclaré le premier ministre du Canada Jean Chrétien lors du Sommet du G8 à Gênes, en juillet 2001(19).

Cela dit, les anarchistes sont peu nombreux et partagent l’espace à l’extrême gauche du spectre politique avec plusieurs organisations et groupes de diverses tendances marxistes qui ont perdu la capacité d’initiative et de mobilisation qu’ils avaient vingt ans plus tôt, mais dont les effectifs sont approximativement aussi nombreux que ceux du mouvement anarchiste. Les rouges participent tout comme les anarchistes au mouvement altermondialiste et aux manifestations contre l’État, le capitalisme et la brutalité policière. Bref, nombreux sont les drapeaux rouges qui flottent au-dessus des manifestations radicales, mais celles-ci sont le plus souvent organisées par des anarchistes. Les anarchistes ont toutefois aux yeux des journalistes un niveau plus élevé de «valeur médiatique» que les communistes. L’anarchisme est newsworthy (vaut la nouvelle), pour reprendre l’expression consacrée en sociologie des médias. Les journalistes sportifs eux-mêmes portent attention aux anarchistes! Ainsi, le quotidien La Presse consacre un article au début du tournois de tennis à Wimbeldon, en Angleterre en 1999, précisant que l’événement commence deux jours «[a]près que 6 000 anarchistes de tout poil eurent manifesté et viré la ville à l’envers pendant une couple d’heures vendredi après-midi (les dommages ont été évalués à plus de 15 millions de dollars)(20)». Suite à la manifestation du 1er mai 2004 à Montréal, à laquelle participaient environ 100 000 personnes, les noirs et les rouges défilent côtes à côtes dans deux cortèges d’égale ampleur (environ 500 participants chacun) et ils affrontent une quinzaine de policiers en armures anti-manifestant qui s’étaient infiltrés en fin de parcours. Traitant de l’événement, le journal La Presse ne mentionne que «quelques groupes d’anarchistes, qui ont fait du grabuge(21)». «Des anarchistes appuient la CASSÉE» (Coalition de l’association pour une solidarité syndicale étudiante élargie), annonce le titre d’un article de La Presse lors de la grande grève étudiante de l’hiver 2005, même si l’article mentionne que «des militants de groupes anarchistes, des partis communistes révolutionnaires et marxiste-léniniste» sont tous solidaires des étudiants(22). Quant au président de la Campagne Québec-Vie Luc Gagnon, qui organisait un congrès contre le droit à l’avortement en novembre 2005 à Montréal (qui provoqua la formation de la Coalition avortons leur congrès), il se plaint aux médias que les «[l]es militants anarchistes nous accusent de tous les maux. D’être violents, réactionnaires» [je souligne]. L’étiquette «anarchiste» attribuée à l’ensemble de la Coalition avortons leur congrès masque la présence en son sein de militantes et militants de diverses tendances, dont des féministes et des rouges(23). Quelques rares journalistes ont l’honnêteté de mentionner l’hétérogénéité des mouvements sociaux d’extrême-gauche. Un article sur le squat de Montréal, pendant l’été 2001, indique la présence de «communistes», mais aussi d’«anarchistes […] et activistes de tout acabit»(24). Le plus souvent, l’ensemble d’un groupe militant est toutefois identifié comme anarchiste, comme dans un article de La Presse où les squatteurs sont présentés comme un «ramassis hétéroclite de militants» réunis sous «le drapeau noir des anarchistes(25)».

L’intérêt porté aux anarchistes reste mal intentionné, puisque l’anarchisme rime généralement avec jeunesse irrationnelle, violente et nihiliste. Dans un article au sujet des manifestations contre le Sommet des Amériques publié dans La Presse, la journaliste Marie-Claude Lortie explique que le «vandalisme» est le fait de «groupuscules d’anarchistes(26)». Des «experts», dont Marcel Belleau (chercheur associé à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM), affirment également que des «groupes anarchistes et des individus de tout acabit profiteront probablement aussi du Sommet pour se livrer à leur jeu favori : la casse», soit «du vandalisme, […] des vols et autres délits(27)». Même à l’occasion de manifestations très calmes, la présence d’anarchistes enflamme les esprits. Ainsi, suite à une manifestation étudiante en mars 1999, La Presse publie une photo accompagnée d’une légende qui mentionne des «casseurs qualifiés d’anarchistes», alors que l’article ne fait pas référence à des «anarchistes» et qu’il précise que «les manifestations se sont généralement déroulées dans l’ordre» et que la police «n’a signalé aucun incident majeur( 28 )».

Quelques journalistes admettent enfin que les médias officiels pratiquent systématiquement l’amalgame entre «anarchisme» et violence. Une journaliste de La Presse remarque dans un article qu’elle signe au sujet du premier Salon du livre anarchiste de Montréal en 2000 que «l’anarchisme fait peur : associé aux vitrines fracassées et aux voitures renversées, le courant carbure pourtant à la liberté et à la non-violence(29).» Une de ses collègues admet à l’occasion de la couverture des manifestations contre le Sommet des Amériques que les anarchistes sont présentés sous un angle «caricaturé» et elle précise que «le personnage le plus proche de cette caricature se retrouve probablement au sein de la CASA(30) ou de la CLAC(31). Il s’agit en fait de deux coalitions de groupes de gauche opposés au libre-échange, avec des ramifications chez certains anarchistes et autres militants révoltés contre le ‘système’. Ce sont les purs et durs(32)».

Les «anarchistes» ne sont présentés qu’en de très rares occasions sous un angle plutôt favorable par des journalistes. C’est parfois le cas lors de la couverture du Salon du livre anarchiste. La Presse(33) qui couvre l’événement parle alors plutôt avec sérieux de l’anarchisme, évoquant même les idéaux chers aux anarchistes. Le même journal offre en mai 2001 une série d’articles sous le thème «La nouvelle gauche»(34) et en juin 2004 un dossier «Qui sont les anars?»(35), où des anarchistes prennent la parole et présentent leurs idées. En général, pourtant, les anarchistes sont réduits à l’image d’individus aux idées inacceptables pour les «bons citoyens». Le chroniqueur Yves Boisvert de La Presse se permet d’accuser les anarchistes d’incohérence tout en admettant : «je ne suis pas anarchiste. Comment peut-on l’être quand on a des enfants à élever ? Ce n’est pas un sport de famille, l’anarchie(36).» Pierre Foglia, lui aussi chroniqueur à La Presse, affirme en discutant des manifestations contre le Sommet des Amériques que les «anarchistes […] ne font pas toujours la différence entre Robin des bois et Bakounine. Même les plus documentés font commencer l’anarchisme avec Noam Chomsky qu’ils citent dans le texte(37)». Sa collègue Lysiane Gagnon mentionne les mêmes manifestants qui «se disent anarchistes ! Un peu de lecture ne leur ferait pas de tort( 38 ).» Lorsqu’on accorde à l’anarchiste une pensée politique, c’est donc pour ajouter qu’elle est incohérente ou mal informée(39).

Or quand on prend la peine de discuter et d’écouter des anarchistes, voilà qu’apparaît une pensée politique. Les journaux anarchistes, parce qu’ils sont précisément des lieux où des anarchistes font l’effort de présenter leur conception du monde, révèlent cette pensée et les axes autour desquelles elle s’articule. Depuis 2000, plusieurs journaux anarchistes sont apparus au Québec. J’ai analysé, quoique de façon plus superficiellement que Marc-André Cyr pour les publications qu’il a étudiées, six journaux qui me paraissent importants : Le Trouble, Ruptures, Cause commune, La Mauvaise herbe, Anarkhia et Les Sorcières (je suis désolé de ne pas avoir traité d’autres publications, dont je n’ai pas connaissance, qui ne m’étaient pas accessibles ou par manque de temps).

Le Trouble

Fondé en 2000, l’équipe présente Le Trouble sur un ton ironique comme «un journal de propagande anarchiste autogéré, qui est composé d’individus louches, futiles et malveillants.» De tous les journaux discutés ici, il est sans doute le plus important en raison de sa longévité (de 2000 à 2005), du nombre de ses numéros ( 28 ) et de leur volume (parfois jusqu’à 16 pages). La «plate forme» du journal, reproduite en page éditoriale de chaque numéro, l’identifie comme «révolutionnaire et anarchiste», anticapitaliste, athée, antinationaliste et antipatriarcal. Ces enjeux ne se voient toutefois pas attribuer la même importance dans le journal, en termes d’espace et d’articles leur étant consacrés.

Le Trouble accorde une attention très grande aux luttes socioéconomiques, dont les grèves et les arnaques des compagnies privées ou les politiques d’austérité économique des gouvernements. Il y a peu de textes d’analyse conceptuelle, Le Trouble optant plutôt pour les discussions d’évènements ou de dynamiques particulières, comme le phénomène de la gentrification et la construction de condos(40) ou l’agro-industrie(41). En toile de fond, Le Trouble adopte généralement l’approche de la lutte de classe(42) et propose une discussion sur l’origine de la classe moyenne(43). Quelques textes sont plus didactiques, expliquant l’anarchisme en général(44), ou l’anarchisme au travail, illustré par des exemples d’autogestion contemporaine en Argentine et ailleurs(45). À partir de 2003, des textes théoriques sont publiés dans la rubrique non régulière «L’anarchie de A à Z», débutant par une présentation de l’autogestion(46).

Le Trouble offre de nombreuses analyses de la politique internationale. Il s’agit par exemple de critiques des élections américaines dont George Bush sort vainqueur(47), des politiques impérialistes d’Israël et des États-Unis, dont l’invasion de l’Irak, mais le plus souvent de présentations des luttes de résistance en Bolivie( 48 ), en Irak(49), au Venezuela(50), en Palestine(51) (dont l’Intifada(52)), au Bengladesh(53) et en Haïti(54). Le Trouble consacre également un article sympathique à la résistance Mohawk en région montréalaise(55). Suite à l’attaque aérienne du 11 septembre 2001 contre les États-Unis, Le Trouble publie un texte incendiaire, au titre provocateur : «La destruction des États-Unis est indispensable au salut de l’humanité». On s’y réjouit de la frappe contre la superpuissance, tout en espérant que le peuple américain profite de l’occasion pour renverser le pouvoir autoritaire (mais en prévoyant que la propagande médiatique détourne le peuple de cette direction)(56). Cet article lui vaudra d’être abandonné par leur imprimeur qui craint des problèmes légaux en raison des lois «antiterroristes» et d’être menacé par l’écrivain réactionnaire Maurice Dantec(57), qui est épinglé régulièrement dans le journal pour ses accointances avec l’extrême droite.

Le Trouble se rapproche quelque peu du style de Demanarchie dans son iconographie et ses propos au sujet des manifestations et de la répression policière. Les manifestations contre le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale à Prague le 26 septembre 2000 et la mobilisation contre le Sommet des Amériques sont ainsi présentées comme des moments exaltants de la révolte contre les élites. Le Trouble appuie le principe du respect de la diversité des tactiques, tel qu’énoncé par la Convergence des luttes anti-capitalistes (CLAC) en prévision des manifestations à Québec, en avril 2001( 58 ). Le squat Overdale-Préfontaine (été 2001) est quant à lui présenté comme un «laboratoire des principes libertaires(59)». La répression contre le mouvement anti-mondialisation en particulier(60) et la répression policière en général(61) sont régulièrement documentées et dénoncées.

Les élections fédérales et provinciales sont autant d’occasions pour Le Trouble de critiquer le cirque électoral et d’appeler à l’abstention(62). La politique canadienne et québécoise est également abordée, lorsque des politiciens sont pris dans le trafic de la drogue, par exemple, ou quand ils prennent des décisions contestables. Contrairement aux journaux anarchistes des décennies précédentes, la «question nationale» est pratiquement absente des préoccupations du Trouble, si ce n’est lorsqu’il dénonce le Mouvement pour la libération nationale du Québec (MLNQ), dont les membres infiltrent des manifestations progressistes à partir de 2003. Le Trouble lance d’ailleurs un appel «pour l’expulsion du MLNQ des mouvements sociaux»(63).

De ces principes déclarés, Le Trouble accorde une place privilégiée à l’anarchisme, à l’anticapitaliste et à l’internationalisme, mais dénote un faible intérêt pour la critique de la religion et du patriarcat, deux sujets auxquels il ne consacre que très peu de textes. La culture est par ailleurs intégrée dans Le Trouble sous la forme d’entrevues avec des musiciens sympathiques, dont ceux de Jeunesse apatride, René Binamé, Xplicit Noize, Beauty Dropout(64), UN1-T(65), et quelques recensions de livres(66). Enfin, une section rédigée par RASH (Red Anarchist Skinheads) présente divers textes sur la musique, l’antiracisme et le mouvement skin d’extrême gauche(67).

Après voir tiré à 1000 exemplaires, Le Trouble se saborde en tant que journal sur support papier en 2005, sur un constat d’échec politique exprimé sur son site Internet, où il entend continuer à vivre. L’équipe rappelle que le journal avait eu pour objectif à ses débuts de rallier «les forces des propagandistes libertaires, autrefois éparpillées à l’intérieur de petits fanzines contestataires», pour les fusionner «à l’intérieur du Trouble pour accroître notre impact agitationnel. Comme on dit dans le monde merveilleux de la physique nucléaire, l’union de plusieurs atomes légers à très haute température donne un grand dégagement d’énergie. Donc, Le Trouble est l’équivalent de la bombe thermonucléaire sur le plan de l’agitation-propagande.» Or cinq ans plus tard, le collectif déclare : «nous sommes forcéEs de constater que le but de rassembler les forces des propagandistes anarchistes a été un échec. Nous sommes revenus au point de départ, avec divers collectifs sortant leurs divers fanzines, quoique sur du plus beau papier. Nous espérons pouvoir continuer un travail de trouble-fêtes et de troublionEs.» Ce travail continue pour l’instant sur Internet.

Ruptures et Cause commune

La NEFAC s’est dotée de deux publications, Cause commune, un journal de quelques pages distribué gratuitement et réagissant à l’actualité, et Ruptures, une revue proposant des textes d’analyse. Selon la NEFAC, leur journal Cause commune est tiré à 3000 exemplaires. Les textes sont également disponibles sur le site Internet de la fédération. Ce journal «se veut un tremplin pour les idées anarchistes, en appui aux mouvements de résistance contre les patrons, les proprios et leurs alliés au gouvernement.» On y retrouve une chronique au titre identique que dans Le Trouble, soit «L’anarchie de A à Z», qui propose d’expliquer certains concepts d’un point de vue anarchiste, comme le fédéralisme (no. 6), la gratuité (no. 7), l’homophobie ( no. 8 ) et l’individualisme (no. 9).

Cause commune traite principalement de l’actualité, critiquant la farce électorale et la victoire du parti conservateur aux élections fédérales de 2006( 68 ), ou encore l’approche consultative du gouvernement provincial de Jean Charest(69). Cause commune propose également une «chronique syndicale» et divers textes portant sur les stratégies gouvernementales ou patronales pour faire reculer les acquis des travailleuses et travailleurs, mais aussi sur les luttes de résistance – dont les grèves – contre les employeurs. Quelques textes portent sur des mobilisations progressistes, comme celles de la Coalition avortons leur congrès(70), sur la répression contre des immigrants et réfugiés, dont le cas de Mohamed Cherfi(71), sur des mouvements de résistance dans le monde, dont les zapatistes(72) et sur la nuisance du MLNQ(73). Quand l’urgence l’exige, la NEFAC produit Cause Commune plus rapidement, comme dans le cas de la grève étudiante de 2005 où le journal prend l’allure d'un grand tract imprimé recto-verso.

La revue Ruptures apparaît pour sa part dès son premier numéro comme l’organe d’analyse théorique – quoique pas toujours homogène – de la NEFAC et ses pages sont en principe ouvertes à des collaborations venant de l’extérieur de la fédération. Ruptures propose d’entrée de jeu un dossier spécial sur l’organisation et y défend le mode organisationnel adopté par la NEFAC, soit la «plate-forme», associée, entre autres, à Nestor Makhno. Le dossier comprend un texte manifeste : «Nous sommes plateformistes !». À vocation à la fois programmatique et didactique, ce texte explique que «là où la plate-forme détonne vraiment»,

Citation:
c'est au niveau de ses propositions organisationnelles et des positions qui en découlent. […] La Plate-forme propose plutôt «le ralliement des militants actifs de l'anarchisme sur la base de positions précises: théoriques, tactiques et organisationnelles, c'est-à-dire sur la base plus ou moins achevée d'un programme homogène». […] La plate-forme postulait donc la nécessité d'une unité théorique et tactique, formulée en un programme. Cette nécessité était rejetée par les partisans de la "synthèse" qui soit n'en voyait pas l'utilité (Faure) ou la croyait prématurée et jugeait la méthode proposée par la plate-forme "mécanique" (Voline). […] Dielo Trouda introduit ensuite un principe pourtant simple, la responsabilité collective, mais qui a attiré les foudres des critiques. L'idée de base de la responsabilité collective c'est que «si nous acceptons collectivement des positions politiques et une ligne d'action déterminée, c'est pour que chaque membre l'applique dans son travail politique. De plus, en nous entendant sur un travail à faire et une façon de le faire, nous devenons responsables, les uns envers les autres, de son exécution. La responsabilité collective, finalement, n'est rien d'autre que la méthode collective d'action.» Cette idée fut cependant attaquée comme étant une volonté d'embrigader l'anarchisme militant, Malatesta allant même jusqu'à la comparer à la discipline de caserne. Pour faire tenir le tout ensemble, la plate-forme propose l'incontournable principe du fédéralisme, qu'on présente comme «concili[ant] l'indépendance et l'initiative de l'individu ou de l'organisation, avec le service de la cause commune»(74).


Les critiques adressées au plateformisme et bien connues de la NEFAC se réactiveront au Québec, tout particulièrement – pour ce qui est des journaux – au sein de La Mauvaise herbe, et dans une ampleur moindre dans Anarkhia, qui attaqueront explicitement ou non cette forme organisationnelle (débat dont je discute plus loin dans ce texte).

Chaque numéro de Ruptures comprend un dossier spécial : sur le patriarcat (no. 2), sur les classes sociales (no. 3), sur le nationalisme, le racisme et l’extrême droite (no. 4), sur les contre-pouvoirs (no. 5). Chaque dossier contient plusieurs articles qui abordent le sujet sous des angles différents, soit en termes descriptifs et historiques, soit en termes plus analytiques. Le numéro sur le nationalisme comprend ainsi des textes sur la tradition anti-impéraliste et anti-fasciste chez les anarchistes, un portrait de l’extrême droite au Québec qui détaille les liens historiques et actuels entre diverses personnalités et organisations, les liens entre le racisme et la lutte de classe et le racisme envers les communautés autochtones au Canada. Le numéro sur les contre-pouvoirs discute de la gauche révolutionnaire dans les mouvements sociaux et critique le film La Prise (sur l’autogestion d’entreprise en Argentine) ainsi qu’un numéro de la revue Possibles sur l’autogestion. Pour accroître la diffusion, certains textes sont regroupés et distribués sous forme de brochures, comme ceux sur la mouvance antiféministe «masculiniste» (un sujet abordé dans le no. 5)(75).

Ruptures propose au fil de ses numéros de suivre «les traces de l’anarchisme au Québec», à travers une série d’articles historiques et un «petit lexique révolutionnaire» offre des définitions de termes tels «classes», «prolétariat», «révolution», etc. Divers livres sont recensés, soit ceux de Normand Baillargeon, Noam Chomsky et Howard Zinn. Ruptures propose également – comme Le Trouble quelques années plus tôt – une entrevue avec le groupe de musique Jeunesse apatride (dans son no. 5).

En général, Ruptures et la NEFAC s’inscrivent dans un projet «révolutionnaire(76)» et accordent «la primauté [à] la lutte de classe dans la société» en insistant sur «son rôle moteur dans le changement social(77)». Cela dit, «lorsqu'il y a un syndicat en place il est souvent inefficace et/ou vendu aux patrons». Conséquemment, «l'auto-organisation sur le lieu de travail devient une nécessité et non plus seulement un choix stratégique( 78 )». L'auto-organisation sur le lieu de travail consiste premièrement à

Citation:
se regrouper entre travailleurs et travailleuses pour discuter de ce qui se passe à job, [pour] ensuite élaborer ensemble une stratégie pour faire valoir nos intérêts face à ceux des patrons et finalement c'est mettre en action nous-mêmes cette stratégie. Concrètement, ça consiste à ralentir le rythme de travail par des grèves du zèle ; ça consiste aussi en des actes de destruction de la propriété privée de nos boss par du sabotage. En bout de ligne, l'auto-organisation sur les lieux de travail mène à des grèves sauvages, des grèves contrôlées par la base des travailleurs et travailleuses débarrasséEs d'intermédiaires indésirables comme des bureaucrates syndicaux(79).


Ce discours axé sur l’idée d’une lutte de classe est parfois nuancé par une approche inclusive, «notre classe(80)» comprenant des locataires, des femmes, des gens de couleur, des gais, des lesbiennes et des bissexuelles(81). Mais Ruptures tend à concevoir les conflits sociaux à travers le prisme binaire d’une lutte entre deux classes, affirmant par exemple l’«inexistence de la classe moyenne(82)», puisqu’il n’y a, au final, que deux camps opposés dans la lutte économique, les exploiteurs et les exploité-e-s.

La Mauvaise herbe

De facture plus artisanale, La Mauvaise herbe se présente sous forme de petite brochure comme une publication au rythme de parution aléatoire et qui regroupe diverses tendances : «anticivilisationiste, autonomistes, inssurectionistes, individualistes, écoanarchistes, anarcho-punks, anarcho-primitiviste, néo-lutte de classiste, lutte contre les classes, luddistes, biorégionalistes, situationistes et autres anarchistes sans étiquettes(83).» Ce journal se positionne rapidement de façon critique face à l’approche plateformiste de Ruptures et de la NEFAC. Au-delà de ce différend, les thèmes abordés par La Mauvaise herbe contrastent avec ceux croisés dans Le Trouble et Ruptures, deux publications qui accordent une grande importance aux enjeux socioéconomiques classiques et à la lutte de classe. La Mauvaise herbe consacre pour sa part de très nombreux textes (en majorité français, mais aussi anglais et espagnols) à discuter de l’écologie au sens large, soit de l’écologisme radical(84), de l’anarcho-écologie(85), de la domination des êtres humains sur les animaux à travers la domestication(86) ou l’élevage industriel(87). La Mauvaise herbe propose d’adopter la position du «biocentrisme», c’est-à-dire une «théorie morale affirmant que tout être vivant mérite le respect moral( 88 )». Cela dit, La Mauvaise herbe dénonce la récupération de l’écologisme par la droite, dont le Front national de Jean-Marie LePen en France(89).

Proposant une «critique anarchiste de la civilisation(90)» dans l’esprit de John Zerzan, La Mauvaise herbe explique que la «nouvelle culture» émergeant d’une éventuelle révolution biocentriste ne «va pas être un retour strict à la cueillette de nourriture, mais au moins, elle va restaurer la liberté, la naturalité et la spontanéité que nous avons échangée contre les artefacts de la civilisation, et elle peut inclure une nouvelle version de forme culturelles avec nos anciennes cultures(91).» En réponse à des critiques régulièrement énoncées contre l’anarchoprimitivisme, La Mauvaise herbe précise qu’il ne faut pas croire que «les êtres humains sont fondamentalement bons […]. Les qualités humaines changent selon l’environnement naturel et social. […] La civilisation comme mécanisme répressif est devenue un traumatisme à chaque génération, préservant et régénérant sa base de répression et d’auto-répression psychosociale(92).» En termes de militantisme et d’agitation, l’attention se porte vers des groupes écologistes radicaux et leurs actions directes(93), sur le néoluddisme(94), voire sur les actes de révolte d’animaux(95). La Mauvaise herbe s’oppose également à des projets d’autoroute à Montréal et propose comme alternative une île de Montréal sans voiture, dotée d’«un système de transport autonome et d’entraide», avec des tramways, un réseau de métro et de pistes cyclables élargi et une transformation de tous les espaces vacants en espaces verts(96).

Comme le journal Hé… Basta à une autre époque, La Mauvaise herbe encourage les individus à pratiquer ici et maintenant un mode de vie plus écologique, offrant des conseils au sujet de médicaments naturels, dont l’échinacée(97), expliquant les vertus du pissenlit( 98 ) et proposant des recettes pour fabriquer son propre «shampoing maison»(99) et des «produits nettoyants écologiques(100). On y croise aussi des critiques des compagnies qui font des profits en vendant aux femmes des tampons et des serviettes sanitaires dangereuses pour leur santé, en raison de leur saturation en produits chimiques, dont le chlore(101).

Quelques textes portent sur la politique internationale, dont des critiques d’Israël qui profite de la «complicité états-unienne»(102) et du «Plan Colombie» des États-Unis qui relève d’une volonté néocoloniale(103). Un auteur de La Mauvaise herbe partage également ses réflexions sur les squats en Europe, suite à un séjour qui l’a conduit dans plusieurs d’entre eux(104), ce qui s’inscrit en continuité des récits sur le squat d’Overdale à Montréal publiés au cours de l’été 2001(105).

Le journal compte aussi des critiques de Marx(106) et du maoïsme au Québec(107), du spectacle électoral( 108 ), de l’exclusion sociale des autochtones(109), de l’homophobie(110) et de la non-violence dogmatique de certains groupes militants(111). Des manifestations sont annoncées, dont les manifestations contre la brutalité policière du 15 mars, une «simulation de Black Bloc» contre une «Simulation de l’OMC au HEC», le 8 février 2002, une masse critique à vélo et des projections de films. La Mauvaise herbe propose enfin régulièrement des poèmes.

Anarkhia

Sous la forme d’un petit bulletin d’information d’une dizaine de pages, Anarkhia est un journal anarchiste qui se présente dans son bloc technique en faveur de l’«organisation horizontale, non-hiérarchisée, pour la démocratie directe. Pour l’autogestion et l’autonomie organisationnel. Pour l’égalité économique et sociale donc contre le capitalisme et l’impérialisme. Pour l’humanisme radical et contre les écocides. Pour l’anarchie mondiale et contre l’alliénation religieuse.» S’inscrivant dans la tradition du Trouble, mais en rupture avec la NEFAC, Anarkhia déclare être ouvert «à toutes les écoles de pensées anarchistes reconnus.»

Chaque numéro comprend la présentation d’un penseur anarchiste, comme Élisée Reclus(112), Sébastien Faure(113), Errico Malatesta(114), Ricardo Flores Magon(115), Louise Michel(116) et régulièrement des textes sur l’origine anarchiste de la fête des travailleurs du 1er mai(117). On cherche à y faire connaître les activités d’anarchistes locaux, par une entrevue par exemple avec des membres du D.I.R.A.( 118 ), on y critique la répression policière(119), le budget militaire des États-Unis et la conquête américaine de l’Irak(120). Anarkhia est le seul journal, à ma connaissance, qui détaille une critique de l’âgisme, soit «la discrimination fondée sur l’âge(121)», tout en proposant de surmonter cette fausse division basée sur la date de naissance des individus et de ne pas se laisser piéger par la «lutte des âges» et les rivalités intergénérationnelles.

Les Sorcières

Journal à parution aléatoire produit par un collectif du même nom, Les Sorcières s’identifie en page couverture comme un «Collectif de féministes radicales contre le patriarcat, le capitalisme et l’État»(122). S’il ne se revendique pas toujours explicitement de l’anarchisme, on y retrouve le symbole de l’anarchisme (le «A» cerclé) en toile de fond du premier éditorial qui mentionne les «bases libertaires» du collectif(123). Les membres du collectif participent régulièrement aux activités du mouvement anarchiste, organisant des lancements à la coopérative du Café Chaos (2 mai 2000, 9 mai 2001), tenant kiosque au Salon du livre anarchiste où elles présentent des ateliers sur la langue macho et le patriarcat dans le mouvement militant (mai 2000) et sur le couple (mai 2006). Elles ont également organisé la Rencontre de féministes radicales à Montréal en collaboration avec le groupe d’affinité Némésis (février 2003)(124) et elles s’adressent sur un mode critique aux anarchistes pour dénoncer l’incohérence de leur position antipatriarcale. Dans leur premier éditorial, Les Sorcières expliquent d’ailleurs qu’elles doivent lutter contre «l’oppression des femmes […] même à l’intérieur du milieu militant» et que leur collectif est composé de «certaines femmes de la gauche militante [qui] ont jugé bon de se rassembler(125).»

Il me semble donc logique d’inclure le journal Les Sorcières dans ce survol des publications anarchistes. Marc-André Cyr nous indique d’ailleurs dans son étude que plusieurs des journaux dont il discute sont portés, au moins en partie, par des féministes, comme La Nuit, où elles se retrouvent aux cotés de syndicalistes et de «personnes actives dans les regroupements de quartiers». D’autres journaux, comme Rebelles, étaient fondés et perçus comme un lieu de convergence entre diverses tendances, incluant le féminisme. Rebelles précisait d’ailleurs que le féminisme et l’antipatriarcat relèvent d’une logique spécifique : «Il serait naïf de croire qu’il suffit de mettre fin au capitalisme pour mettre fin à l’oppression des femmes. Le patriarcat est profondément ancré dans notre société et ne peut être extirpé sans une réelle et profonde volonté de changer nos valeurs, nos conditionnements, notre quotidien.» Ce qui est vrai pour les journaux anarchistes entre 1976 et 2000 l’est aussi pour ceux de 2000 à 2006 : ils se déclarent généralement en lutte contre le patriarcat, à tout le moins dans leurs principes de base.

Le journal Les Sorcières compte surtout des articles d’analyse et d’opinion, mais aussi des illustrations et des poèmes. Le premier numéro non daté présente un texte sur une action contre un église, menée par le collectif et des allié-e-s le 7 mars 2000. On y critique aussi la Marche Mondiale des Femmes, lui reprochant son approche de concertation et affirmant que «la libération des femmes ne se fera pas par les mains de l’État(126)». Le journal aborde un ensemble de problématiques, dont les liens entre le sexisme et le racisme(127), le sexisme de la psychologie officielle et les alternatives de l’«intervention féministe» dans le domaine( 128 ), la socialisation des mâles(129), le mouvement antiféministe «masculiniste»(130) et l’inégale répartition du travail domestique (avec une affiche en pages centrales intitulée : «Nous ne sommes pas des bonnes-à-tout-faire», et en sous-titre : «Ce n’est pas seulement les mentalités qu’il faut changer mais la pratique !»)(131). L’implication de l’Église et de l’État dans le contrôle, l’oppression et l’exploitation des femmes est analysée et dénoncée de façon récurrente. Au fil des numéros, le journal propose des dossiers sur la prostitution(132), la pornographie(133), le contrôle du corps des femmes et les mutilations sexuelles(134).

Les Sorcières s’identifient à travers leur journal à divers mouvements de contestation et consacrent plusieurs textes aux mobilisations contre le Sommet des Amériques(135), avec à l’appui une illustration d’une catapulte avec comme projectile la tête de Françoise David, ex-présidente de la Fédération des femmes du Québec et porte-parole du Sommet des peuples (un groupe s’était présenté avec une catapulte projetant des ours en peluche à la manifestation radicale de la CLAC contre le Sommet des Amériques, et Françoise David avait pour sa part dénoncé la «violence» des manifestants anticapitalistes). Les Sorcières dénoncent la répression policière et le sexisme des policiers et discutent également des actions féministes sur différents fronts de lutte, dont le droit au logement(136).

Le journal présente aussi divers courants féministes(137), l’histoire de la Journée internationale des femmes du 8 mars, lancée en 1908 par des militantes d’extrême gauche en Europe, et des portraits de groupes de féministes radicales, dont Riot GRRRL( 138 ) et les Rote Zoras, un groupe créé dans les années 1970 en République fédérale allemande et qui prônait la lutte armée. Ce groupe a incendié en 1977 les bureaux du Conseil de l’ordre des médecins pour contester leur position sur une approche plus restrictive du droit à l’avortement et il a lancé des frappes contre des sex-shops et posé des bombes contre des compagnies de textiles exploitant les travailleuses dans les pays asiatiques(139). Si un journal comme La Mauvaise herbe discute des squats européens en général, Les Sorcières offrent quant à elles des informations sur des squats spécifiquement féministes et non-mixtes en France.

Trois débats : l’organisation, la lutte de classe et le patriarcat

L’étude de Marc-André Cyr révèle que les journaux anarchistes engagent entre eux explicitement ou implicitement des débats. À l’époque analysée par Marc-André Cyr, les débats portent par exemple sur la position à adopter lors des référendums au Québec, ou encore sur la portée du syndicalisme étudiant et ouvrier. Pour la période que j’ai étudiée, un débat divise divers journaux au sujet de la meilleure forme organisationnelle que devraient adopter les anarchistes pour maximiser leur efficacité. L’importance de ce débat, qui s’incarne aussi au sein des groupes et dans des discussions polémiques informelles entre militant-e-s, s’explique sans doute en partie par une sorte de renouveau de l’anarchisme depuis 2000, qui a mené à la formation de nombreux groupes se réclamant de l’anarchisme, mais fonctionnant selon des structures distinctes.

Comme indiqué précédemment, la NEFAC fait la promotion à travers Ruptures du mode d’organisation «plate-formiste», mais déclare du même souffle – avec un brin d’autocritique – être déçue des anarchistes qui n’adoptent pas leur point de vue :

Citation:
Une des erreurs des premiers 'plateformistes' fut, paradoxalement, d'avoir placé trop d'espoir dans le mouvement anarchiste existant. En effet, ils et elles étaient persuadéEs pouvoir rallier la majorité des militantEs à leurs conceptions. Peut-on réellement se surprendre, étant donné les attaques virulentes que contient la plate-forme, que ça n'ait pas marché? Pourtant, même aujourd'hui, c'est un piège dans lequel l'on tombe encore facilement. La NEFAC n'y a pas échappé. Nous avons passé un temps considérable à discuter et tenter de convaincre les militantEs de notre région. Force est de constater que ça n'a pas marché... Est-ce un mal? Pas sûr. En effet, eut égard à ce qui se fait concrètement – et non pas seulement ce qui se dit –, il est loin d'être certain que l'avenir de l'anarchisme révolutionnaire réside dans les militantEs anarchistes. Peut-être que si les anarchistes cessent d'essayer de se convaincre les uns les autres, ils auront plus de temps à consacrer au reste de la population? Pour notre part, nous avons pris le parti d'entériner le fait tout simple de la division de notre mouvement et nous avons décidé «d'arrêter d'en parler et de commencer à le faire»(140).


La Mauvaise herbe se déclare pour sa part ouvertement contre la plate-forme(141), n’hésitant pas à publier une caricature polémique d’une famille préhistorique intitulée «homo plateformis, le chaînon manquant ?». «Formons des comités, adoptons une plateforme, nous avons besoin d’une organisation…», y affirme le personnage paternel, une déclaration qui se voit qualifiée d’une phrase assassine : «papa recommence à délirer»(142). La tension qui fracture les groupes et journaux anarchistes au sujet du mode d’organisation se double d’un clivage quant à la priorité de la lutte. La Mauvaise herbe s’élève contre une approche militante par trop axée sur l’enjeu de la lutte de classe et par trop obsédée par l’«ouvriérisme». Il y a ici des éléments de convergence qui côtoient des points de divergences entre La Mauvaise herbe et la NEFAC. La Mauvaise herbe déclare que dans «une société industrielle en expansion, le syndicalisme passe d’un instrument de lutte à un instrument supportant la structure de production elle-même(143)», ce qu’admet la NEFAC dans des textes publiés dans Cause commune. Mais puisque la NEFAC se présente néanmoins comme participant de la tradition de la lutte de classe, la critique de La Mauvaise herbe du «mouvement lutte de classiste(144)» ne peut être tout à fait innocente, surtout lorsque ce journal insiste pour condamner l’ouvriérisme, cette «attitude de ceux qui considèrent les ouvriers comme seuls qualifiés pour diriger un mouvement de tendance socialistes», une posture associée au «communisme autoritaire(145) » [je souligne].

Dans le texte «Guerre sociale et la question de classe», La Mauvaise herbe enfonce le clou et reproche aux «luttes de classistes» d’oublier «souvent que la classe ouvrière n’est pas la seule à être opprimée, et qu’on retrouve souvent plusieurs défenseurs du système dans la classe ouvrière(146).» Au contraire, souligne La Mauvaise herbe, «la diversité de forme de luttes, par affinité, […] encourage un épanouissement complet de l’individu dans la communauté(147).» La Mauvaise herbe propose enfin une analyse originale de la structuration en deux classes sociales antagonistes, affirmant que les «classes sociales sont un fruit de la volonté de domination et elles continuent d’évoluer en s’adaptant à une nouvelle légitimation de l’ordre social établi( 148 ).»

Pour être en phase avec la complexité et le pluralisme social et politique, La Mauvaise herbe propose un réseautage anarchiste hors du système capitaliste, sur des bases affinitaires. L’organisation évoquée doit être flexible et composée de cellules de base, «n’ayant pas les caractéristiques de structures syndicales […](149).» Les cellules seront autonomes de «toutes forces politique, d’unions ou syndicales, participeront au ‘conflit permanent’», soit en agissant «chaque fois» qu’il est possible «dans tous les aspects de la vie», en mode offensive, c’est-à-dire par «le refus de compromis - le plus souvent possible au moins(150)». On retrouve ici le fonctionnement par «groupe d’affinité», un mode d’organisation introduit à la fin du XIXe siècle par des anarchistes en Espagne(151).

Pour La Mauvaise herbe, «l’affinité entre individus ne dépend pas de la sympathie ou du sentiment. Avoir de l’affinité signifie avoir la connaissance de l’autre, connaître comment pensent-ils, où elles s’orientent sur les questions sociales et comment pensent-elles ou ils, qu’ils ou elles peuvent intervenir dans l’affrontement interne(152)». Enfin, La Mauvaise Herbe se présente comme «une coalition d’individus et de groupes d’affinités qui ont trouvé des intérêts à se réunir(153)» et encourage «l’organisation informelle(154)» et la «diversité anarchiste» par opposition à l’«anarchisme monolithique(155)».

Anarkhia prend également position dans ce débat au sujet de l’organisation, s’affirmant

Citation:
par sa nature même synthésiste, car il a été fondé par des personnes issues de différentes écoles de pensée anarchistes. De ce fait, Anarkhia est ouvert à toutes les écoes de pensées reconnues. Par école reconnue, nous désignons l’anarcho-communisme, l’anarcho-écologisme, l’anarcho-syndicalisme, l’anarcho-punk, etc… Nous rejettons certaines écoles car elles sont des non-sens par exemple l’anarcho-capitalisme ou l’anarcho-nationalisme. Malgré nos petites différences liées à nos écoles respectives, nous oeuvrons ensemble dans un but commun, celui de combattre l’état et le capitalisme par la révolution(156).


Retraçant comme l’avait fait Ruptures l’histoire de la tradition plateformiste, Anarkhia l’oppose à l’approche synthésiste, proposée par Sébastien Faure et Voline, puis reprise de façon explicite par la Fédération anarchiste en France et de manière implicite par la Convergence des lutte anti-capitalistes (CLAC) à Montréal. L’approche synthésiste cherche à regrouper les diverses tendances anarchistes au sein d’un même mouvement ou d’un même réseau. Anarkhia mentionne que son collectif a été confronté au sein de la CLAC par des membres de la NEFAC en raison même du principe plateformiste de «responsabilité collective»(157), suite à une manifestation où quelques membres d’Anarkhia auraient agit de malheureuse façon. Anarkhia conclu par un appel au dialogue et au rapprochement, déclarant que les «partisans de la plate-forme et ceux de la synthèse ont focalisés sur les divergences qui les opposaient. Ils ont ainsi évité de constater certains points essentiels qui les unissent et sont ainsi passés à côté du véritable débat. […] L’urgence est de cultiver, dans nos têtes et dans nos actes, une conception de la diversité qui ne soit pas sectaire( 158 )».

La Mauvaise herbe s’élève contre l’approche synthésiste, quoique pas aussi régulièrement que contre le plateformisme. Dans un article intitulé «Au-delà de la structure synthésiste», il est affirmé que la «synthèse devient contrôle(159)» lorsqu’un groupe qui propose une telle approche a «comme objectif d’amener la lutte [sociale] dans son projet de synthèse, plutôt que l’inverse, c’est-à-dire d’élaborer une structure cohérente avec la lutte telle qu’elle existe et la pousser ainsi vers sa réalisation insurrectionnelle. L’un des objectifs principaux est la croissance quantitative des membres […] en oubliant le respect de la diversité réelle du mouvement(160).»

Si je peux me permettre quelques remarques personnelles, indépendamment de la qualité des journaux discutés, il me semble évident que certaines personnes dans chaque camp adoptent dans ce débat des postures dogmatiques et jouent de processus d'exclusion qui encouragent la fragmentation au sein du mouvement. J’ai ainsi assisté à de très nombreux débats qui ressemblaient à des dialogues de sourds au sujet de la meilleure forme d’organisation pour parvenir à la «révolution». Or je ne crois pas que le mouvement anarchiste en Occident et au Québec soit dans un contexte prérévolutionnaire qui justifierait de tels clivages. Je pense aussi qu’il y a un risque d’aveuglement volontaire à considérer la révolution comme la simple conséquence d’une meilleure organisation militante. Dans l’histoire, la plupart des révolutions ont été avant tout le résultat d’un affaiblissement de l’État et des élites suite à une guerre internationale qui tourne à la débâcle, à un crise financière majeure ou à des rivalités fratricides entre élites qui minent la stabilité du système. C’est d’ailleurs bien plus en raison de problèmes de cette sorte que parce que les mouvements radicaux avaient adopté une organisation adéquate que des moments révolutionnaires ont eu lieu dans les années 1990 et 2000 au Mexique, en Argentine et en Bolivie. Sans de tels problèmes minant l’élite, on peut rêver sans fin de la révolution sans jamais en voir même le début du commencement, quelque soit l’«efficacité» de notre organisation militante(161).

Si de tels propos peuvent sembler désespérants, ils ont en fait pour objet d’encourager une certaine lucidité politique au-delà du plaisir que je partage à me laisser bercer par les mythes révolutionnaires lyriques. Il importe, selon moi, de porter son attention sur les possibilités réelles du moment présent et donc d’accepter que toutes et chacun puissent s’engager dans des luttes de résistance et dans des formes de contestation selon des modes organisationnels qui reflètent leur sensibilité politique à court, moyen ou long termes. J’ai pour ma part milité auprès d’individus et d’organisations avec lesquels je n’étais pas en parfaite symbiose idéologique, parce que la convergence m’apparaît plus importante, plus stimulante et plus efficace que le refus de collaboration pour désaccord idéologique. Comme le dit la Curious George Brigade dans son livre Anarchy in the Age of Dinosaurs :

Citation:
[l]es anarchistes ne devraient pas se considérer les uns les autres comme des ennemis ou des concurrents potentiels […]. Avant d’être obsédés par l’idée d’atteindre des organisations extérieures au mouvement, ou les masses dépolitisées de la classe ouvrière, ou quiconque hors de nos communautés anarchistes, nous devrions apprendre en priorité à établir des liens entre nous fondés sur la solidarité, l’aide mutuelle, la compréhension et le respect. […] Nous n’avons pas besoin d’unité en théorie, mais de solidarité en pratique. […] Le sectarisme mène directement à l’autoritarisme, puisque sitôt qu’on s’identifie à l’anarcho-secte respectable, tous les autres ont tort. […] Il est plus facile pour nous de s’attaquer les uns les autres que de détruire l’État(162).


Ainsi, je considère légitime que certains anarchistes jugent nécessaire de s’engager auprès des salarié-e-s, d’autres auprès des étudiant-e-s, des femmes, des immigrant-e-s jugé-e-s «illégaux» par l’État, des animaux menacés. Je trouve aussi pertinent que des anarchistes s’inspirent du plateformisme, d’autres du synthésisme, d’autres encore de l’affinitaire, dans la mesure où ces formes d’organisation leur semblent plus adaptées à leur objectif, à condition que cet objectif ne soit pas, justement, d’imposer leur mode d’organisation partout où s’inscrit leur engagement. Il me semble donc important de pratiquer un respect de la diversité des tactiques, tout autant qu’un respect de la diversité des stratégies et des formes organisationnelles, plutôt que de consacrer temps et énergie à critiquer les autres parce que leur priorité ne nous semble pas réellement prioritaire et leur mode d’organisation ne nous parait pas adapté à un objectif «révolutionnaire». Cela dit, le débat au sujet de l’organisation s’enracine à la fois dans une réflexion qui traverse l’histoire anarchiste et dans des dynamiques concrètes où des individus et des groupes se pensent ou se savent en rivalité politique. Le débat est donc important, comme l’indique la lecture de divers journaux, d’autant plus que les divergences d’opinions quant à la meilleure forme d’organisation ou à la lutte prioritaire peuvent aussi provoquer des rapports de force au sein même du mouvement, comme c’est le cas par exemple au sujet du patriarcat.

Les journaux discutés ici s’identifient tous à la lutte anti-patriarcale, mais force est de constater qu’ils accordent – sauf, bien sûr, Les Sorcières – une place très limitée à cet enjeu, en comparaison aux autres thèmes abordés. La Mauvaise herbe propose un article intitulé «L’anarca féminisme et une petite critique du féminisme marxisme(163)». On y affirme que les «féministes radicales voient la racine, l’origine de l’oppression des femmes dans un système qui existe depuis des siècles, des millénaires et qui s’appelle patriarcat. Leur objectif n’est pas de remplacer le système patriarcal par un matriarcat», car elles veulent plutôt «l’égalité, pas la domination», pour reprendre le slogan d’Emancypunx, un groupe polonais anarca-punk, anti-viol de Varsovie(164). Dans Anarkhia, on compte pour six numéro un seul article sur les femmes (contre la religion)(165) et une page couverture frappée du slogan : «Luttons contre toutes formes de violence faites aux femmes(166)».

Ruptures consacre sans conteste plus d’espace à réfléchir au patriarcat, abordant ce thème de façon autocritique dès son premier numéro dans son texte programmatique sur la plate-forme, où il est noté que la première présentation de l’approche plateformiste dans les années 1920 :

Citation:
se démarque d'avec l'anarchisme traditionnel […] sur la question du patriarcat, et c'est, malheureusement, pour enregistrer un recul marqué. En effet, aucune des questions liées au patriarcat - que ce soit l'oppression des femmes, la répression sexuelle ou la famille et l'éducation des enfants - n'est abordée. Le mot 'femme' n'apparaît même pas dans le document! […] Bref, cet 'oubli' est réellement une lacune théorique importante, qui a encore des répercussions aujourd'hui(167).


Pour tenter de rattraper le coup, Ruptures prend position dès ce premier numéro en faveur de l’autonomie des femmes dans leur lutte d’émancipation :

Citation:
N'est-il pas d'abord absurde qu'un homme, aussi "anarchiste" soit-il, intervienne de façon directe dans les affaires d'un groupe de femmes non-mixte sans leur permission ? Non pas que les hommes n'ont pas leur part de tâches à accomplir dans la lutte anti-patriarcale, mais ils doivent respecter, lors d'une lutte commune avec des groupes de femmes, les limites d'intervention pour les hommes fixées par ces divers groupes de femmes. Par exemple, certaines femmes ne se sentent mieux qu'entre femmes pour se réunir et discuter ; il est alors très logique qu'elles optent pour cette forme d'organisation. Dans ce cas l'auto-organisation se lie avec un principe qu'on pourrait appeler l'autonomie organisationnelle. C'est à dire que les groupes de femmes non-mixtes appliquent l'autonomie organisationnelle en se regroupant entre femmes seulement( 168 ).


Ruptures consacre également au thème de patriarcat un numéro entier, qui présente des articles traitant de l’histoire du féminisme et de la lutte des femmes et du mouvement des femmes révolutionnaires en Afghanistan, et la revue propose des textes sur l’antiféminisme dans sa forme «masculiniste» dans d’autres numéros, qui sont repris et diffusés ensuite sous forme de brochures. On retrouve dans le numéro spécial sur le patriarcat un autre appel en faveur de l’autonomie des femmes en lutte contre le patriarcat, signé par Marc-Aurel dans son article «Quel intérêt pour les hommes dans la luttes antipatriacale ? Un point de vue anarchiste» :

Citation:
Que les femmes veuillent garder le contrôle du mouvement des femmes, rien de plus logique. Dans la mesure où le sexisme est la principale incarnation concrète du patriarcat, que celles qui le vivent veuillent le nommer et le combattre en toute autonomie, c'est légitime et nécessaire. Que, dans ce contexte, les hommes solidaires soient relégués à un rôle de soutien --s'occuper de la garderie, par exemple-- et que tout ce qui est utile soit fait pour que le contrôle de la lutte soit assumé par des femmes, c'est tout aussi légitime et trop souvent nécessaire. Ce serait bien le comble s'il fallait qu'on accepte que la domination masculine se fasse sentir jusque dans la lutte pour son abolition(169) !


Marc-Aurel précise qu’il faut bannir du milieu militant «l’image d'une lutte de classes viriles, entre hommes(170)». Cela dit, d’autres textes du numéro spécial jouent sur plusieurs registres, et le patriarcat n’y est pas toujours pensé comme un système spécifique d’oppression de la classe des femmes par la classe des hommes. Un texte de Michel Nestor distingue l’oppression de l’aliénation, expliquant que «l'idéologie patriarcale aliène tant les hommes que les femmes, tandis que le système patriarcal opprime essentiellement les femmes (tout particulièrement celles provenant des milieux populaires) ainsi que certains hommes (victimes de l'homophobie)(171).»

Abordant la question d'un angle bien différent, Sid signe un texte intitulé «Le patriarcat nous opprime toutes et tous!», dans lequel il explique que son analyse «est celle d'un prostitué homosexuel polygame non-possessif et partiellement conscient de sa condition depuis l'âge de douze ans.» Son analyse s’orchestre «autour de trois axes : l'oppression des hommes (et aussi des groupes sociaux dominants) sur les femmes (et les groupes marginalisés), l'hétérosexualité forcée et le contrôle social par la conformité des relations et liaisons entre individu-e-s(172).» Au final, le patriarcat opprime tout le monde, indistinctement de leur sexe social et biologique. Un texte de E. Moraletat présente pour sa part le patriarcat non plus comme un système d'oppression spécifique, mais comme le résultat d’un désir du capitalisme et de l’État, principalement, d’exploiter les femmes. Les «luttes féministes dans leur version contemporaine» sont alors analysées «en lien avec le développement du capitalisme et de la société de classes(173).»

De son côté, le journal Les Sorcières se déclare anticapitaliste mais rejette toute conception qui réduirait le patriarcat à un sous-système du capitalisme, où seuls les hommes bourgeois tireraient avantage de l’exploitation des femmes. Les Sorcières disent plutôt que tous les hommes — y compris les militants anarchistes — profitent de l’oppression collective des femmes. Certes, le milieu anarchiste du Québec est influencé par les transformations de la société québécoise dans son ensemble, et le dynamisme du mouvement féministe autant réformiste que radical explique sans doute que plus d’hommes militants qu’auparavant vont hésiter à exprimer ouvertement leur sexisme, que probablement plus de femmes militantes qu’avant ont réussi à acquérir leur juste place dans le milieu militant, et que certains groupes (comme la CLAC) ont adopté des procédures pour réduire les inégalités d’influence entre les hommes et les femmes, dont l’alternance de parole homme/femmes en assemblée générale.

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MessagePosté: Lun 17 Juil 2006, 6:33 am 
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SUITE DU MESSAGE PRÉCÉDENT

Pour les groupes non-mixtes de féministes radicales, toutefois, nous sommes encore très loin d’une véritable égalité entre les hommes et les femmes, à la fois dans la société en général, dans le milieu militant et dans les rapports interpersonnels entre des militants et des militantes. Les Sorcières se sont d’ailleurs constituées suite à des conflits au sein du mouvement militant de gauche, comme le rappelle une membre du collectif :

Citation:
Il y en a beaucoup dans le milieu militant, dans le milieu de la gauche, qui disent encore que la lutte féministe est parcellaire, identitaire, pas nécessaire et que le patriarcat va tomber de lui-même quand on va faire la fameuse révolution du jour J. Donc, la question des femmes est souvent mise au second plan, elle n'est pas intégrée, elle ne va pas de soi. On s'est formées en réaction à un événement qui s'est passé dans le milieu. Puis, on était écoeurées d'être toujours des sous-comités, des comités femmes de tel groupe.


Une autre militante du même groupe, ajoute

Citation:
On est bien bon pour dire «pauvres femmes, au Mexique, qui se font violer et assassiner», on est d'accord pour dire qu'il faut que ça cesse. C'est quand ça se situe dans notre milieu que ça choque, que ça dérange et c'est très violent comme réactions. Les comportements machos et les agressions qu'on voit dans la société se retrouvent aussi dans les milieux dits progressistes et c'est encore plus aberrant quand ça arrive dans le milieu militant. Les Sorcières, on s'est réunies à cause de ça […] mais on ne cible pas seulement le milieu militant(174).


Aux aguets à l’égard de leurs camarades anarchistes, Les Sorcières ont réagi à un éditorial du journal Le Trouble, intitulé «Alice au pays des merveilles : De l’autre côté du miroir !», publié à l’hiver 2005. Sur l’ensemble de ses numéros, Le Trouble n’avait consacré que très peu de textes au féminisme, traitant par exemple de façon à la fois sympathique et critique de la manifestation du 7 mars à Montréal en 2004(175), de l’action féministe contre le Ligue des propriétaires à Montréal(176) et présentant les BloodSisters, un groupe de féministes radicales fondé en 1996(177). En 2005, l’éditorial du Trouble adoptait une approche nettement plus critique à l’égard des militantes féministes parce qu’elles se lanceraient «ventre premier» dans la maternité et parce qu’elles feraient passer la lutte contre le patriarcat avant la lutte contre le capitalisme. Le journal Les Sorcières propose en 2006 un numéro spécial sur la maternité, un sujet déjà abordé dans un numéro précédent( 178 ), mais qui cette fois s’articule en tant que réponse directe au Trouble, par des textes tels que «La maternité vue par une mère trouble-ée» et «Dédicace... à la propagande patriarcale du Trouble»(179). Les deux textes rappellent que «l’appropriation du corps des femmes s’exerce tout autant (et entre autres) via la contrainte à la maternité que via l’obligation imposée aux femmes de ne pas avoir d’enfants(180)» et qu’il convient d’un point de vue féministe de «favoriser un choix véritable» pour les femmes en matière de maternité et d’avortement, «sans jugement et sans pression(181)».

Les Sorcières rappellent surtout «que l’oppression SPÉCIFIQUE des femmes est rendue possible par l’existence de deux catégories de sexe(182)», ce que tend à oublier Le Trouble qui affirmait dès sa fondation que le patriarcat «opprime et aliène les femmes, les enfants et même les hommes(183)», reprenant l’idée d’un système totalitaire sans dominants, où les hommes comme les femmes sont dominé-e-s (idée que l’on retrouve aussi parfois dans Ruptures). L’éditorial du Trouble de 2005 appelait «à dépasser cette fausse opposition homme/femme, car ce qui nous unit c’est notre condition d’exploitées, d’opprimées par le capitalisme planétaire», tout en rappelant qu’il faut être unis dans le «combat […] fondamental, contre l’exploitation et l’oppression capitaliste(184).» Paraphrasant les déclarations du Trouble, Les Sorcières ironisent alors «à la simple pensée d’entrendre quelqu’un-e dire qu’il existe une fausse opposition entre les possédant-e-s et les dépossédé-e-s dans le système capitaliste et qu’il faut maintenant s’unir aux bourgeois pour mener les luttes contre le capitalisme(185).»

Une rumeur a circulé dans le milieu anarchiste voulant que l’éditorial du Trouble aurait été rédigé par une femme (cela dit, Le Trouble lui-même indique sur son site Internet en 2006 que les «articles publiés jusqu’à ce jour dans les catégories Articles, Anarchie avec un grand A et Éditoriaux, avaient été débattus et acceptés en comité de lecture et étaient donc endossés et défendus par l’ensemble du collectif [c’est la raison pour laquelle nous ne signons pas ces textes].»). Les Sorcières admettent alors avec tristesse «que des femmes peuvent véhiculer les discours patriarcaux» et disent pouvoir comprendre

Citation:
qu’il est difficile pour une femme de lutter contre l’oppression des femmes dans une perspective féministe radicale. C’est difficile, parce qu’être féministe radicale, c’est être en colère lorsque nous ressentons, vivons ou observons l’oppression […]. C’est difficile parce que cette oppression est à côté de nous, dans notre chambre à coucher, dans notre cuisine, dans les institutions et les emplois que nous fréquentons.


Enfin, Les Sorcières rappellent qu’elles savent bien qu’en tant que féministes radicales dans le milieu d’extrême gauche, il est fatiguant «d’être marginalisées parmi les marginaux(186)».

Marginales parmi les marginaux, parce que porter la critique féministe au sein des groupes d’extrême-gauche suscite généralement une contre-attaque et un dénigrement sur le mode du sarcasme. L’éditorial «Alice au pays des merveilles» contient en effet des attaques contre les féministes réformistes, mais aussi contre des féministes radicales qui joueraient à «la police des mœurs» et aux «nouvelles bonnes sœurs d’une moralité […] plus que douteuse» qui veulent «faire régner un politicly correct sectaire déplorable». Ces attaques sont accompagnées d’une critique contre les femmes qui auraient le mauvais goût de ne pas rire des blagues sexistes d’un homme militant. Le Trouble lui-même avait pourtant publié en 2003 un article condamnant «des blagues entre camarades» qui, devant des femmes qui ne rient pas, les accusent d’être «susceptibles», «fermées» et «puritaines», une stratégie de dénigrement utilisée également lors de débats sous la forme d’accusations envers la féministe qui serait «émotive», «hystérique» ou «sur le point d’être menstruée(187)». Les Sorcières, rappelant l’épuisement et la frustration qui guettent toute féministe radicale, indiquent «comprendre que nous finissions par ne plus ‘réagir’ aux blagues sexistes( 188 )».

Dans un autre texte du même numéro du Trouble, «L’anarchie avec un grand A : L’amour libre(189)», la sexualité et l’amour sont déterminés selon l’auteur anonyme par tout, sauf le patriarcat. Dans ce texte d’une quinzaine de paragraphes, le mot «patriarcat» n’apparaît pas une seule fois. On y croise par contre deux fois le mot «capitalisme» et vingt fois «bourgeoisie» (ou «bourgeois»), des systèmes identifiés comme la source de l’oppression sexuelle et de la monogamie. Selon cette logique politique étrange, abattre le capitalisme aurait pour conséquence de libérer la sexualité et l’amour. Dans un précédent numéro, le journal Les Sorcières offrait également une réflexion sur les couples «libres et libertins»(190). Elles y critiquaient le couple monogame tout en l’identifiant comme le moindre mal pour certaines femmes, et expliquaient qu’il pouvait être problématique pour les femmes de diversifier leurs relations avec des hommes, car même si le libertinage peut sembler plus cohérent avec les principes anarchistes, les hommes et les femmes ne sont pas égaux dans ce mode de rapports sexuels et affectifs. La socialisation rend plus facile pour des hommes de multiplier les «conquêtes», le vieillissement réduirait chez les femmes plus que chez les hommes leur pouvoir de séduction, le libertinage diminuerait enfin d’autant la responsabilité d’un homme envers d’éventuels enfants.

Dans tous les cas, Les Sorcières reprochent à leurs camarades d’arrimer leur analyse du patriarcat à une analyse anticapitaliste, ce qui permet de faire porter le blâme à un système (le capitalisme) ou à une classe spécifique (la bourgeoisie), évacuant du coup l’inégalité des rapports entre les hommes et les femmes qui traversent aussi les classes défavorisées et le mouvement anarchiste. Les Sorcières n’hésitent pas à analyser l’impact du capitalisme(191), de l’État(192) ou de la religion(193) sur les femmes, mais insistent plus souvent que tous les autres journaux anarchistes pour penser le patriarcat comme un système d’oppression spécifique, dans lequel la classe des hommes opprime et exploite la classe des femmes, indépendamment des influences exercées par le capitalisme, l’État ou à l’Église.

Ce débat au sujet du patriarcat semble à première vue un peu disproportionné, puisqu’il ne s’agit après tout que d’un seul éditorial du Trouble, sur un total d’une trentaine de numéros. La réaction des Sorcières s’explique peut-être précisément parce que cet éditorial du Trouble met en lumière des tensions qui traversent le milieu militant au sujet des féministes radicales, qui se heurtent à des critiques ouvertes ou sous forme de blagues et qui ne peuvent que constater le peu d’attention portée à la lutte antipatriarcale par tant de leurs soi-disant alliés anarchistes (Ruptures étant la seule publication à avoir consacré un nombre de textes substentiel au patriarcat et à l’antiféminisme). Un malaise régulièrement évoqué lors de discussions informelles au sujet du féminisme radical fait indirectement écho au débat au sujet du mode d’organisation, puisque il semble embêtant pour plusieurs que des féministes radicales militent en non-mixte, ce qui diviserait d’autant les forces «révolutionnaires» et serait discriminatoire à l’égard d’hommes qui se disent antisexistes. Comme indiqué précédemment, certains textes publiés dans Ruptures admettent ouvertement l’importance pour des féministes de s’organiser de façon autonome, entre femmes. Les Sorcières indiquent pour leur part qu’il peut être politiquement risqué pour des féministes radicales de s’intégrer à des groupes mixtes, soient-ils anarchistes et officiellement antisexistes.

Le débat laisse entendre que des féministes radicales qui s’impliquent avec des hommes dans une organisation militantes, qu’elle soit synthésiste ou plateformiste, devront régulièrement porter seules leur analyse antipatriarcale et dépenser temps et énergie pour débattre avec des camarades qui tenteront de se déresponsabiliser en faisant porter le blâme du sexisme aux bourgeois ou au capitalisme. Les féministes devront aussi mener ces débats dans des conditions difficiles, des hommes n’hésitant pas – à en croire Le Trouble lui-même – à jouer la carte de l’humour (et reprocher aux femmes de ne pas rire de leurs blagues) et du dénigrement pour miner la crédibilité des femmes. Et cela sans parler des diverses inégalités politiques entre hommes et femmes au sein du mouvement militant et des risques de harcèlement et de violence physiques.

En phase avec certains textes de Ruptures cités précédemment, les féministes radicales des Sorcières optent donc pour une stratégie qui implique

Citation:
l’autonomie et la non-mixité des groupes de femmes ainsi que l’absence de rapports autoritaires […] afin d’aboutir à la prise en charge par les femmes de leurs luttes contre le patriarcat […]. Même si elles luttes aussi contre les autres formes d’oppression et militent dans des groupes mixtes pour le faire, la lutte contre le patriarcat doit être menée par celles qui le subissent, les femmes. Les féministes radicales remettent en cause les aspects patriarcaux de certaines dynamiques des groupes mixtes(194).


Ces débats viennent marquer le caractère relatif de l’importance de l’organisation anarchiste définie en fonction d’une éventuelle révolution globale. L’oppression étant vécue quotidiennement par des femmes, elle peut aussi être combattue ponctuellement, sans attendre le grand soir. Au sujet de la question récurrente à l’extrême-gauche à savoir comment les féministes peuvent aider les forces anticapitalistes à triompher par la révolution, la féministe radicale Christine Delphy explique :

Citation:
La formulation de cette question me gêne. Elle implique que c’est aux femmes de trouver les bases de leur solidarité avec les autres exploités ; elle les met dans la position, en fait, de faire tout le chemin ; elle présuppose que les femmes ont des preuves à faire et des comptes à rendre à des exploités patentés. La solidarité, c’est par définition quelque chose de mutuel. Et cette mutualité exige que cette question soit retournée ou, plus exactement, rendue réciproque : comment les victimes du capitalisme – entre parenthèse, ce ne sont pas elles, mais l’extrême-gauche qui pose cette question – voient-elles leur solidarité avec les victime du patriarcat ? […] C’est à lui (cet interlocuteur indéfini) de voir si l’alliance avec les femmes contre le capitalisme vaut le coût de l’abandon des bénéfices patriarcaux, ou s’il préfère garder ces bénéfices, au risque de ne pas pouvoir renverser le capitalisme tout seul. Sa décision nous en apprendra beaucoup – son indécision nous en apprend déjà beaucoup(195).


Devant l’indécision d’anarchistes quant à l’importance à accorder à la lutte contre le patriarcat en tant que système d’oppression spécifique qui traverse le milieu militant et ses organisations, certaines comprendront mieux que Les Sorcières entretiennent un espace non-mixte où elles ont la possibilité de collectiviser leur colère et leur analyse politiques et où elles peuvent prendre entre femmes des décisions pour lutter contre le patriarcat dans la société en général et dans le milieu anarchiste en particulier. Cette réflexion féministe pourrait aussi encourager des questionnements quant à d’autres rapports inégalitaires au sein du milieu anarchiste, sur l’axe par exemple de l’hétéronormativité et du racisme, problématiques complexes dans un réseau composé principalement d’hétérosexuels et de «Blancs». Certains adeptes de l’organisation de masse accuseront peut-être les féministes radicales de se replier dans l’affinitaire et de miner d’autant la possibilité de constituer un vaste mouvement révolutionnaire. À noter toutefois que Les Sorcières n’affirment pas que toutes les militantes doivent par principe privilégier la non-mixité et l’affinitaire. Les Sorcières savent elles-mêmes s’engager régulièrement collectivement ou individuellement dans des espaces et des actions mixtes, dont le Salon du livre anarchistes et la Coalition anti-masculiniste (2004-2005) à laquelle j’ai participé et où j’ai commis des actes qui relevaient des dynamiques de privilèges masculins. Ces expériences décevantes pour certaines militantes de mixité avec des camarades qui sont en principe leurs alliés confirment des féministes dans leur certitude que pour des femmes opprimées, la priorité reste trop souvent la lutte contre le patriarcat ici et maintenant et non pas la révolution demain et là-bas. La faute n’en revient pas aux opprimées qui seraient réticentes à travailler à faire advenir la révolution globale, mais aux dominants, mêmes anarchistes, qui oppriment des femmes au quotidien et les forcent à militer au jour le jour, ainsi que tard dans la nuit… Lorsqu’il est porté par des individus et des organisations consciemment ou inconsciemment sexistes, le projet de révolution globale qui exigerait une forme d’organisation de masse ne peut avoir comme résultat qu’une amère déception pour des femmes, à la fois lors d’une éventuelle révolution qu’au cours du voyage devant y mener. On peut toutefois se réjouir de constater le dynamisme entre 2000 et 2006 des luttes anti-patriarcales orchestrées par les groupes affinitaires non-mixtes de femmes (Les Sorcières, Cyprine, Némésis, etc.) et menées selon les objectifs poursuivis de façon autonome ou coalisée. Comme quoi le mode d’organisation affinitaire n’empêche aucunement d’agir, ni de créer des alliances et des actions collectives.

Ouverture

Si je comprends que militantes et militants sont généralement et avec raison sensibles face aux critiques à l’égard de leurs projets collectifs dans lesquels est investi tant d’énergie et de temps, j’espère que mes commentaires ne seront pas entendus comme des remises en question de l’ensemble de la production de tel ou tel journal. Les journaux anarchistes de 2000 à 2006 m’apparaissent intéressants dans leur ensemble, de par les enjeux spécifiques qu’ils approfondissent et qui les distinguent les un des autres, la diversité étant selon moi une force plutôt qu’une faiblesse. Mon étude malheureusement plutôt superficielle des journaux anarchistes de 2000 à 2006 au Québec confirme la thèse de Marc-André Cyr, déjà démontrée par son analyse détaillée, que les anarchistes sont interpellés par l’actualité et le contexte dans lequel s’élaborent leurs réflexions et leurs actions. La Guerre froide n’étant plus que de l’histoire ancienne, les journaux anarchistes accordent après 2000 peu ou pas d’attention aux marxistes et aux quelques régimes qui survivent à la défaite du bloc de l’Est (Cuba, la Corée du Nord). Quelques thèmes qui ont mobilisés les esprits dans les années 1990 ont disparu de l’écran radar (Yougoslavie, Timor Oriental) et d’autres y restent en raison même de l’actualité (Irak). L’importance accordée à certaines luttes populaires sur la scène internationale, dont celles des Palestinien-ne-s et des Zapatistes, diminue de façon relative dans la mesure où d’autres mouvements de résistance émergent en Bolivie, au Venezuela et en Afghanistan. Ainsi, on ne parle plus des protestas au Chili, mais de celles en Argentine. Le Québec ayant été épargné d’un autre référendum et les anarchistes appartenant à une nouvelle génération, la «question nationale» a pratiquement disparu de leurs préoccupations, si ce n’est pour critiquer le MLNQ qui tentent de s’infiltrer dans les manifestations des mouvements sociaux auxquelles participent les anarchistes. Il est possible aussi de noter d'autres ruptures, mais aussi des continuités, à la fois dans la forme et le fond. On retrouve en 2000-2006 des différences de forme qui existaient déjà auparavant, Le Trouble reprenant — quoique de façon moins marquée — la forme incendiaire et provocatrice de Demanarchie, Ruptures l'approche plus analytique de Rebelles et — quoique dans un style moins abstrait — de Hors d'ordre, La Mauvaise herbe des thématiques chères à Hé… Basta. On note aussi des débats sur les modes organisationnels, plus importants dans la mesure où le mouvement anarchiste est plus dynamique que dans les années 1970-1980-1990.

Cela dit, l’analyse du discours et de la pensée anarchistes à travers les publications gagnerait à prendre en considération les nombreux sites Internet qui sont directement liés à un journal ou à un groupe, ou ceux sur lesquels circulent de l’information et des discours anarchistes ( comme www.cmaq.net/fr/ et www.ainfos.ca ). Quelques maisons d’édition au Québec consacrent également une bonne part de leurs énergies à publier des ouvrages anarchistes ou d’extrême gauche (comme Écosociété et Lux). Il serait également intéressant d’étudier d’autres publications qui intègrent des analyses anarchistes (comme Alerta! Le cri de la wawa, produit par le Komité CLAC-Amérique latine) et les documents disponibles dans certains lieux de vente et d’information anarchistes, comme les librairies l’Insoumise à Montréal et La Page Noire à Québec, le D.I.R.A., le Salon du livre anarchiste et L’Index et le majeur (UQAM) qui organisent aussi des ateliers de discussion sur divers thèmes. De même, le réseau de vidéastes engagés Les Lucioles ( www.leslucioles.org ) produit et diffuse des dizaines de vidéos à saveur politique qui relèvent également de la pensée explicitement anarchiste, ou à tout le moins antiautoritaire au sens large. Voilà autant de pistes et d’éventuels objets d’étude pour approfondir la connaissance du discours, de la pensée et des mouvements anarchistes au Québec au début du troisième millénaire. Le survol des journaux que j’ai discutés ici dénote déjà un dynamisme chez les anarchistes et une pluralité de points de vue qui débouche sur des débats souvent douloureux, mais n’empêche pas pour autant des alliances et des convergences fructueuses qui faisaient souvent défaut au cours des décennies précédentes.


1. Merci à Geneviève, Marie-Eve et Félix de la bibliothèque anarchiste D.I.R.A. (Documentation, informations, références alternatives), pour leur aide avec les archives, merci à Marc-André Cyr et Eve-Marie Lampron pour des commentaires sur ce texte, dont les opinions n’engagent bien sûr que leur auteur. À noter que plusieurs citations de journaux anarchistes comptent des fautes d’orthographe et de conjugaison, conservées car elles apparaissaient dans les textes originaux.

2. Ronald Creagh, Histoire de l’anarchisme aux États-Unis d’Amérique (1826-1886), Grenoble, La Pensée sauvage, 1981; Corinne Jacker, The Black Flag of Anarchy : Antistatism in the United States, New York, Charles Scribner’s Son, 1986.

3. Jean Mariton, Le mouvement anarchiste en France (2 vols.), Paris, Gallimard, 1975; André Nataf, La vie quotidienne des anarchistes en France : 1880-1910, Paris, Hachette, 1986

4. Paul Avrich, The Russian Anarchists, Princeton (NJ), Princeton University Press, 1967.

5. Peter Marshall, Demanding the Impossible : A History of Anarchism, Londres, FontanaPress, 1993. Voir aussi George Woodcock, Anarchism : A History of Libertarian Ideas and Movements, Chicago, Meridian, 1962. Book

6. Il y a quelques exceptions, dont Dimitri Roussopoulos, «Perspectives anarchistes sur le Québec», L’Arc, nos. 91-92, 1984, p. 78-84.

7. Emile Pouget, Le père peinard, Paris, Paris, Galilée, 1976.

8. Peter Glassgold (dir.), Anarchy : An Anthology of Emma Goldman’s Mother Earth, Washington, D.C., Counterpoint, 2001.

9. Barry Pateman (dir.), The Blast, Edimbourg-Oakland, AK Press, 2005.

10. Mary Nash, Femmes libres : Espagne 1936-1939, Paris, Pensée sauvage.

11. Et pourtant ils existent : 1954-2004 Le Monde libertaire a 50 ans, Paris, Cherche-Midi, 2004.

12. Roy San Filippo (dir.), A New World in Our Hearts : Eight Years of Writings from the Love and Rage Revolutionary Anarchist Federation, Edimbourg-Oakland, AK Press, 2003.

13. Colin Ward (dir.), A Decade of Anarchy (1961-1970), Londres, Freedom Press, 1987.

14. The State is your Enemy : Selections from the Anarchist Journal Freedom 1965-86, Londres, Freedom Press, 1991.

15. La pensée en liberté : les meilleurs textes de Q-lotté, Montréal, Ecosociété, 1996.

16. Allan Antlif (dir.), Only A Beginning : An Anarchist Anthology, Vancouver, Arsenal Pulp Press, 2004.

17. Marie-France Toinet, La chasse aux sorcières : Le Maccarthysme, Bruxelles, Complexe, 1988.

18. Murray Edelman, The Politics of Misinformation, Cambridge, Cambridge University Press, 2001, p. 41; F. Dupuis-Déri (dir.), Les Black Blocs : Quand la liberté et l’égalité se manifestent, Montréal, Lux, 2003.

19. Frédéric Garlan [AFP], «Sommet du G8 : Les Huit affirment qu’ils ne se laisseront pas intimider par les casseurs», La Presse, 23 juillet 2001, p. A4.

20. Michel Blanchard, «Les femmes fascinent Wimbeldon», La Presse, 21 juin 1999, p. S9.

21. Nathaëlle Morissette, «Imposante manifestation dans les rues de Montréal : ‘Il faut changer de cap’, disent les travailleurs au gouvernement Charest», 2 mai 2004, La Presse, p. A1.

22. Hugo Meunier, «Des anarchistes appuient la CASSÉE : La coalition étudiante y va d’un coup d’éclat devant le centre de distribution de la SAQ», La Presse, 6 avril 2005, p. A9.

23. Laura-Julie Perreault, «Un congrès pro-vie à Montréal soulève la grogne», La Presse, 11 novembre, 2005, p. A12.

24. Silvia Galipeau, «Pour un squat à Montréal», La Presse, 28 juillet 2001, p. A7. Voir aussi Yves Boisvert, «La fissure», La Presse, 8 septembre 2001, p. A4.

25. Michèle Ouimet, «Rouler dans la farine», La Presse, 5 septembre 2001, p. A17.

26. Marie-Claude Lortie, «Sommet des Amériques – Les bons, les brutes et les méchants», La Presse, 21 avril 2001, p. B3.

27. Marcel Belleau, «Sommet de Québec : Une dynamique de confrontation ?», La Presse [section «Opinion»], 23 mars 2001, p. A10.

28. Marc Thibodeau, «Des milliers d’étudiants dans la rue : Ils demandent 500 millions pour les universités et 250 millions pour les cégeps», La Presse, 25 mars 1999, p. A7.

29. Martine Roux, «Le premier Salon du livre anarchiste connaît un franc succès», La Presse, 7 mai 2000, p. A3.

30. Comité d’accueil du Sommet des Amériques, un groupe de la ville de Québec.

31. Convergence des luttes anti-capitalistes, un groupe de Montréal.

32. Marie-Claude Lortie, «Sommet des Amériques – Les bons, les brutes et les méchants», La Presse, 21 avril 2001, p. B3.

33. Yves Boisvert, «L’anarchie n’est pas un parti», La Presse, 8 mai 2000, p. A5 ; Martine Roux, «Le premier Salon du livre anarchiste connaît un franc succès», La Presse, 7 mai 2000, p. A3 ; Judith Lachapelle, «L’anarchie passe au salon», La Presse, 20 mai 2001, p. A4.

34. Marie-Claude Lortie, «La nouvelle gauche : Comment investir le terrain politique ?», La Presse, 27 mai 2001, p. A7 ; Marie-Claude Lortie, «La nouvelle gauche : L’élection dans Mercier a tout déclenché», La Presse, 26 mai 2001, p. A1.

35. Caroline Touzin, «L’information rebelle», La Presse, 12 juin 2004, p. A2; Caroline Touzin, «Adeptes de l’ordre sans le pouvoir», La Presse, 12 juin 2004, p. A3.

36. Yves Boisvert, «La société c’est pas de la tarte», La Presse, 24 mai 2000, p. A5.

37. Pierre Foglia, «Pour chasser les dernières fumées», La Presse, 26 avril 2001, p. A5.

38. Lysiane Gagnon, «Un bon Sommet !», La Presse, 24 avril 2001, p. A17.

39. À noter qu’on ne se demande jamais à propos des patrons dans quelle mesure ils ont lu ou non les classiques du libéralisme économique, comme Adam Smith et Friedrich von Hayek…

40. «La gentrification : Place aux sales condos», Le Trouble, vol. 1, no. 3, 2000, p. 5; «Pas de condos dans nos quartiers», Le Trouble, vol. 1, no. 6, 2001, p. 3; «Entrevue avec le Comité logement de la CLAC», Le Trouble, vol. 3, no. 16, 2003, p. 4; «La gentrification : Des luttes coulées dans le béton», Le Trouble, vol. 4, no. 20, 2003, p. 6.

41. «L’agriculture industrielle comme outil d’un systême destructeur!», Le Trouble, vol. 2, no. 1, 2001, p. 8-9.

42. «Nous sommes prêt-e-s… pour la lutte de classes!», Le Trouble, vol. 3, no. 17, 2003, p. 5.

43. «L’origine de la classe moyenne», Le Trouble, no. 1, 2000, p. 6.

44. «Qu’est-ce que l’anarchisme?», Le Trouble, vol. 1, no. 3, 2001, p. 15.

45. Le Trouble, vol. 3, no. 17, 2003, p. 6-7.

46. «A comme Autogestion», Le Trouble, vol. 4, no. 21, 2003, p. 9.

47. Plusieurs articles, Le Trouble, vol. 1, no. 3, 2001, p. 8-9.

48. «Les prolos bolivienNEs en ont… ras-le-bol», Le Trouble, vol. 1, no. 7, 2001, p. 6.

49. «Irak : Les révoltes inconnues», Le Trouble, vol. 3, no. 16, 2003, p. 8; «Guerre de classes en Irak», Le Trouble, vol. 4, no. 25, 2004, p. 6-7.

50. «La marmite vénézuélienne», Le Trouble, vol. 3, no. 16, 2003, p. 9.

51. «Chroniques palestiniennes», Le Trouble, vol. 3, no. 19, p. 11; dossier sur Israël (Le Trouble, vol. 5, no. 28, 2005, p. 5.

52. «Intifada, ou l’émeute permanente», Le Trouble, vol. 1, no. 2, 2000, p. 8-9.

53. «Grève générale au Bengladesh», Le Trouble, vol. 4, no. 23, 2004, p. 6.

54. «Haïti : Les dessous de l’histoire», Le Trouble, vol. 4, no. 23, 2004, p. 7.

55. «Kanehsatake : La communauté Mohawk résiste encore!», Le Trouble, vol. 4, no. 25, 2004, p. 4.

56. «La destruction des États-Unis est indispensable au salut de l’humanité», Le Trouble, vol. 1, no. 7, 2001, p. 5. Pour éviter toute confusion, le peuple et les pauvres aux États-Unis sont clairement distingués des élites, dans un autre article ( «L’anti-américanisme pour et contre», Le Trouble, vol. 2, no. 12, 2002, p. 8 ).

57. «Le Trouble : Trop risqué!» et «La guerre sainte de Maurice Dantec», Le Trouble, vol. 2, no. 1, p. 3.

58. «Sommet des Amériques : Attentat à la pudeur démocratique», Le Trouble, vol. 1, no. 3, 2001, p. 3; «Québec 2001 : Entre le spectacle et la réalité», Le Trouble, vol. 1, no. 4, 2001, p. 3 et d’autres textes : p. 4-7; et plusieurs articles dans la «Section Sommet en tout genre», Le Trouble, vol. 1, no. 5, 2001, p. 8-13. Voir aussi, au sujet d’autres manifestations contre d’autres Sommets (Washington D.C., Gênes), Le Trouble, vol. 1, no. 7, p. 8-10.

59. «Éditorial : Le squat comme laboratoire des principes libertaires», Le Trouble, vol. 1, no. 7, 2001, p. 2, et autres textes dans le même numéro, p. 3-4; voir aussi «Squat : Expulsion forcée et musclée», Le Trouble, vol. 2, no. 1, p. 4; «Un été complet de squats dans tout le pays!», Le Trouble, vol. 2, no. 13, 2002, p. 8-9.

60. «La panique étatique contre l’anti-capitalisme», Le Trouble, no. 1, 2000, p. 12.

61. Plusieurs textes, dont «Éditorial : Tout État est policier», Le Trouble, vol. 2, no. 10, 2001, p. 2; et un dossier spécial, Le Trouble, vol. 2, no. 11, 2001.

62. «Éditorial : Votez bien, votez rien!», Le Trouble, vol. 1, no. 2, 2000, p. 2 (voir aussi les articles en p. 3-4).

63. «La déroute inévitable du nationalisme québécois», Le Trouble, vol. 3, no. 16, 2003, p. 10; voir aussi «Le MLNQ hypocrite, menteur et délateur!», Le Trouble, vol. 3, no. 19, p. 10; «MLNQ… Nouvelle étiquette, même marde», Le Trouble, vol. 4, no. 26, 2004, p. 8.

64. «Contre-culture : Jeunesse apatride», Le Trouble, vol. 1, no. 2, 2000, p. 16; «Entrevue avec René Binamé», Le Trouble, vol. 1, no. 5, 2000, p. 15; «Entrevue avec Xplicit Noize : La fin du monde en 2012 selon Explicit Noize», Le Trouble, vol. 2, no. 1, 2001, p. 16; «Entrevue avec Beauty Dropout : Femmes plus câlice!!!», Le Trouble, vol. 2, no. 10, p. 12.

65. «UN1-T sans face cachée!!!», Le Trouble, vol. 3, no. 19, p. 15.

66. L’Histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn («Les États-Unis vus autrement», Le Trouble, vol. 3, no. 15, 2003, p. 12); Dommages de guerre, de Claude Guillon (Le Trouble, vol. 3, no. 16, 2003, p. 12); L’Amérique pauvre : Comment ne pas survivre en travaillant, de Barbara Ehrenreich (Le Trouble, vol. 4, no. 25, 2004, p. 9) et de mon livre Les Black Blocs (Le Trouble, vol. 3, no. 17, p. 11) – merci! Voir aussi Le Trouble, vol. 5, no. 28, 2005, p. 6-8.

67. Débutant dans Le Trouble, vol. 1, no. 7, 2001.

68. «Harper et ses chums au pouvoir : Votez bleu, mangez brun», Cause commune, no. 9, 2006 [source : site Internet].

69. «Le gouvernement Charest nous consulte… Répondez ‘oui monsieur’!», Cause commune, no. 9, 2006 [source : site Internet].

70. «Les anti-choix se réunissent à Montréal : Avortons leur congrès!», Cause commune, no. 8, 2005 [source : site Internet].

71. Un réfugier algérien militant pour ses droits et celui de ses semblables, et expulsé aux États-Unis par le gouvernement canadien («Après seize mois d’emprisonnement injustifié, Cherfi reconnu comme réfugié politique aux États-Unis», Cause commune, no. 7, 2005 [source : site Internet]).

72. «Le mouvement zapatiste de nouveau en marche!», Cause commune, no. 7, 2005 [source : site Internet].

73. «Le MLNQ à Québec : Fachos, hors de nos rues!», Cause commune, no. 7, 2005 [source : site Internet].

74. «Question d'organisation : NOUS SOMMES PLATEFORMISTES !», Ruptures, no. 1 [source : site Internet].

75. Les masculinistes : Qu’est-ce que c’est? Par E. Morraletat – Qui sont-ils? Par Joa, Montréal, éditions Ruptures, 2005, 22 p.

76. Voir le dossier du troisième numéro sur la lutte de classes, plus particulièrement «Lutte de classe et anarchisme révolutionnaire», Ruptures, no. 3 [source : site Internet].

77. «Question d'organisation : NOUS SOMMES PLATEFORMISTES !», Ruptures, no. 1 [source : site Internet].

78. Nik Robertson, «Tir groupé : de la nécessité de l’auto-organisation», Ruptures, no. 1 [source : site Internet].

79. Nik Robertson, «Tir groupé ».

80. Nik Robertson, «Tir groupé ». Sur l’importance des classes sociales et de penser en termes de «classes» pour préparer la révolution, voir aussi : «Où est-ce qu'on va maintenant? : Vers une nouvelle stratégie révolutionnaire», Ruptures, no. 1 [source : site Internet].

81. Nik Robertson, «Tir groupé ».

82. Voir le dossier du troisième numéro sur la lutte de classes, plus particulièrement l’article «De l’inexistence de la classe moyenne», Ruptures, no. 3 [source : site Internet].

83. «La mauvaise herbe en quelques mots…», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 3 [2003], pas de pagination.

84. La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 1, [2002], p. 12-13.

85. «Essai sur l’anarcho-écologie», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 3 [2003], pas de pagination.

86. «La domestication comme processus de domination», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 3, [2002], p. 7-10.

87. «L’élevage : Véritable système carcéral», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 3, [2002], p. 26-28.

88. «Diversité anarchiste vs anarchisme monolithique», La Mauvaise herbe, numéro sans indantification de date, portant le sous titre «A bas les monocultures militantes», p. 11.

89. «Attention, v’la les écolo-fascistes!», La Mauvaise herbe, vol. 3, no. 4 [2004], sans pagination.

90. «Critique anarchiste de la civilisation», La Mauvaise herbe, vol. 3, no. 1 et suite vol. 3, no. 2.

91. «Critique anarchiste de la civilisation» [2e partie], La Mauvaise herbe, vol. 3, no. 2.

92. «Critique anarchiste de la civilisation» [2e partie].

93. «Earth Liberation front», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 2 [2003], pas de pagination; «Les dernières actions d’ELF», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 4 [2003], pas de pagination; «Un dernier souffle pour la vie : Earth Liberation Front/Front de libération de la Terre», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 5 [2002], pas de pagination; «Actions de libération animale et planétaire d’à travers le monde», La Mauvaise herbe, vol. 3, no. 4 [2004], pas de pagination.

94. «Ludd dépassé?», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 2 [2003], pas de pagination.

95. «Quand les animaux sauvages (et les moins domestiqués) contre-attaque! Les animaux comme force révolutionnaire», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 5 [2002], pas de pagination.

96. «Encore une autoroute à Montréal», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 1, [2002], p. 1-4.

97. «Le mythe de l’échinacée», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 1, [2002], p. 18.

98. «Le pissenlit : La fleur du soleil», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 5, [2002], pas de pagination.

99. La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 2, [2002], p. 5.

100. La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 2, [2002], p. 8.

101. «Le sang coule du couloir obscure», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 2, [2002], p. 20-23, avec une suite dans La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 5, [2002], pas de pagination. À noter qu’il existe à Montréal un journal bilingue de féministes radicales uniquement consacré à cette question, soit Alerte rouge/Red alert.

102. La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 1, [2002], p. 5-6.

103. La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 1, [2002], p. 14-16.

104. «Petit voyage dans les squats en Europe», La Mauvaise herbe, vol. 4, no. 3 [2005], sans pagination.

105. «Le squat vu par d’autres», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 2, [2002], p. 10-18.

106. «Marx et crève», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 2, [2002], p. 6-7.

107. La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 5, [2002].

108. «Le spectacle électoral», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 2 [2003], pas de pagination.

109. La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 6, [2002], non paginé.

110. La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 6, [2002], non paginé.

111. «Les mythes historiques», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 3, [2002], p. 22-24.

112. Anarkhia, no. 1, 2004, p. 10.

113. Anarkhia, no. 2, 2004, p. 9.

114. Anarkhia, no. 3, 2004, p. 6.

115. Anarkhia, no. 4, 2004, p. 7.

116. Anarkhia, no. 6, 2006, p. 11-12.

117. Anarkhia, no. 2, 2004, p. 7; Anarkhia, no. 5, 2005, p. 10.

118. Anarkhia, no. 1, 2004, p. 3.

119. Anarkhia, no. 1, 2004, p. 11.

120. Anarkhia, no. 1, 2004, p. 5-7.

121. Anarkhia, no. 5, 2005, p. 14.

122. L’historique du collectif est présenté dans Les Sorcières, vol. 3, no. 5, mai 2003, p. 16-17.

123. On retrouve d’autres symboles de l’anarchisme dans d’autres numéros, comme un drapeau noir avec le «A» cerclé et le slogan «No Gods – No Masters», Les Sorcières, vol. 1, no. 2, 2000, p. 16.

124. Au sujet de ce groupe, voir : Anna Kruzynski, «De l’Opération SalAMI à Némésis : Le cheminement d’un groupe de femmes du mouvement altermondialiste québécois», Recherches féministes, vol. 17, no. 2, 2004 (on retrouve aussi leurs documents sur le site : www.antipatriarcat.org ).

125. «Éditorial : Un collectif radical», Les Sorcières, vol.1, no. 1 [2000], p. 2.

126. Ajua, «Marche des femmes de l’an 2000 : Un pas de plus vers la concertation», Les Sorcières, vol. 1, no. 1 [2000], p. 6-7.

127. «Éditorial», Les Sorcières, no. 4, mars 2002, p. 2-4.

128. Les Sorcières, no. 3, mai 2001, p. 9-11.

129. «Rites d’affirmation de la masculinité ou l’École des mâles», Les Sorcières, no. 6, automne 2005, p. 14-16.

130. «Fathers 4 Justice ou Fighters 4 Injustice?», Les Sorcières, no. 6, automne 2005, p. 12-13.

131. Les Sorcières, no. 3, mai 2001, p. 12-13.

132. Les Sorcières, vol. 1, no. 1 [2000] ; Les Sorcières, vol. 1, no. 2 [2000].

133. Les Sorcières, vol. 1, no. 2 [2000].

134. Les Sorcières, no. 3, mai 2001, p. 18-19; Les Sorcières, no. 4, mars 2002, p. 8-10.

135. Les Sorcières, no. 3, mai 2001, p. 9-11.

136. «Des femmes dans la rue il y en a trop : Déménageons les proprios!!!», Les Sorcières, no. 3, mai 2001, p. 26-27.

137. «Les divers courants féministes», Les Sorcières, vol. 1, no. 2 (sans date), p. 4-5; «Du féminisme marxiste au féminisme matérialiste», Les Sorcières, no. 6, automne 2005, p. 8-11.

138. Les Sorcières, no. 3, mai 2001, p. 25.

139. KêZakô, «Les Rote Zoras : L’action directe», Les Sorcières, vol. 1, no. 1 (sans date), p. 8-9.

140. «Question d'organisation : NOUS SOMMES PLATEFORMISTES !», Ruptures, no. 1 [source : site Internet].

141. «La mauvaise herbe en quelques mots…», La Mauvaise herbe, vol. 2, no. 3 [2003], pas de pagination.

142. Quatrième de couverture, La Mauvaise herbe, vol. 3, no. 5.

143. «Au-delà de l’ouvriérisme – au-delà du syndicalisme», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 1, [2002], p. 9.

144. «Au-delà de l’ouvriérisme», p. 10.

145. «Au-delà de l’ouvriérisme», p. 10.

146. «Guerre sociale et la question de classe», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 1, [2002], p. 19.

147. «Guerre sociale et la question de classe», p. 19.

148. «Guerre sociale et la question de classe», p. 19.

149. «Cellule autonome de base», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 2, [2002], p. 3.

150. «Cellule autonome de base», p. 4.

151. J’ai retracé l’histoire et l’actualité de ce mode d’organisation dans «L’altermondialisation à l’ombre du drapeau noir : L’anarchie en héritage», E. Agrikoliansky, O. Fillieule, N. Mayer (dirs.), L’altermondialisme en France : La longue histoire d’une nouvelle cause, Paris, Flammarion, 2005.

152. «Les groupes d’affinité», La Mauvaise herbe, numéro sans indantification de date, portant le sous titre «A bas les monocultures militantes», p. 13-16.

153. «Les groupes d’affinité», p. 15.

154. «L’organisation informelle», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 3, [2002], p. 20-21.

155. «Diversité anarchiste vs anarchisme monolithique», La Mauvaise herbe, numéro sans indantification de date, portant le sous titre «A bas les monocultures militantes», p. 3-4.

156. «La Synthèse anarchiste Keksek ça?», Anarkhia, no. 6, 2006, p. 2.

157. On se rappelle que, selon Ruptures, «L'idée de base de la responsabilité collective c'est que ‘si nous acceptons collectivement des positions politiques et une ligne d'action déterminée, c'est pour que chaque membre l'applique dans son travail politique. De plus, en nous entendant sur un travail à faire et une façon de le faire, nous devenons responsables, les uns envers les autres, de son exécution. La responsabilité collective, finalement, n'est rien d'autre que la méthode collective d'action.’» (voir : «Question d'organisation : NOUS SOMMES PLATEFORMISTES !», Ruptures, no. 1 [source : site Internet]).

158. «La Synthèse anarchiste Keksek ça?», Anarkhia, no. 6, 2006, p. 4.

159. «Au-delà de la structure synthésiste», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 2, [2002], p. 2.

160. «Au-delà de la structure synthésiste», p. 2.

161. J’ai proposé dans un article («Révolte au cœur de l'Empire : Pourquoi?», Argument, vol. 5, no. 2, 2003) une analyse du déclin de l’espoir révolutionnaire chez les anarchistes d’aujourd’hui, dans une perspective comparative avec l’imaginaire politique des membres de l’extrême gauche en Occident dans les années 1960. La lecture des journaux anarchistes de 2000 à 2006 me pousse à relativiser mon affirmation qui s’inspirait d’entrevues avec des dizaines de militant-e-s, dont la plupart ne croyaient plus à la possibilité d’une révolution systémique. Les journaux étudiés, dont au premier plan Le Trouble et Ruptures, accordent encore une place importance à la «révolution». Mon article avait été mal interprété par plusieurs personnes, sans doute parce que mes propos n’y étaient pas très clairs. Je ne voulais ni cultiver le fatalisme, ni encourager un renouveau de la rhétorique révolutionnaire, car il me semble un peu futile d’annoncer la révolution quand celle-ci n’est pas possible en raison d’un rapport de force extrêmement déséquilibré en faveur des forces réactionnaires et conservatrices. J’espérais en fait expliquer qu’il importe – selon moi – d’être conscient des limites systémiques d’un contexte particulier, et de ne pas oublier que si les forces radicales doivent planifier une stratégie révolutionnaire, les forces conservatrices et réactionnaires planifient quant à elles au quotidien la défense du statut quo et pratiquent ici et maintenant la contre-révolution. Dans un contexte comme celui d’aujourd’hui en Occident, où les forces conservatrices et réactionnaires me semblent infiniment plus puissantes que les forces radicales, il me paraît un peu vain de consacrer trop de discours et d’énergie à la «révolution» et il me semble donc plus lucide de penser nos actions en termes de résistance et de contestation du système, sans que cela nous empêche de vivre ici et maintenant certaines victoires radicales. En fait, je pose l’hypothèse, en m’inspirant des Sorcières, que de trop croire à la possibilité d’une réelle révolution globale risque au final de nous entraîner sur la pente du découragement et du décrochage pour «éventuellement aboutir à une déradicalisation». Ne pas croire la révolution globale possible aujourd’hui ne signifie pas pour autant adopter un discours et des pratiques réformistes. «En connaissant ses limites et surtout en les respectant, on peut éviter de se brûler […]. Aussi, bien connaître ses limites, c’est peut-être éviter de se rendre à un point de non-retour. Il faut également reconnaître ses bons coups, car il y en a. Chaque petit geste de résistance est le bienvenu» («Société, tu m’auras pas ! Pour ne pas se faire récupérer par le système», Les Sorcières, no. 6, 2005, p. 19).

162. Curious George Brigade, Anarchy in the Age of Dinosaurs, Canada, CrimethInc., 2003, p. 56-57 (le texte du livre est disponible libre de droit sur Internet : www.ageofdinosaurs.net ).

163. «L’anarca féminisme et une petite critique du féminisme marxisme», La Mauvaise herbe, vol. 1, no. 3, [2002], p. 2-4.

164. «L’anarca féminisme et une petite critique du féminisme marxisme», p. 3.

165. Anarkhia, no. 2, 2004, p. 10.

166. Anarkhia, no. 6, 2006, p. 1.

167. «Question d'organisation : NOUS SOMMES PLATEFORMISTES !», Ruptures, no. 1 [source : site Internet].

168. Nik Robertson, «Tir groupé : de la nécessité de l’auto-organisation», Ruptures, no. 1 [source : site Internet].

169. Marc-Aurel, «Quel intérêt pour les hommes dans la lutte antipatriarcale ? Un point de vue anarchiste», Ruptures, no. 2 [source : site Internet].

170. Marc-Aurel, «Quel intérêt pour les hommes dans la lutte antipatriarcale ? ».

171. Michel Nestor, «Quelques commentaires sur la domination patriarcale», Ruptures, no. 2, [source : site Internet].

172. Sid, dans «Le patriarcat nous opprime toutes et tous!», Ruptures, no. 2, [source : site Internet].

173. E. Moraletat, «Les femmes, l’État et la famille», Ruptures, no. 2, [source : site Internet].

174. Marie-Hélène Côté, «Les nouvelles sorcières», À Babord !, no. 2, novembre-décembre 2003, p. 39.

175. «Journée internationale des femmes : 10 000 femmes manifestent à Montréal», Le Trouble, vol. 4, no. 23, 2004, p. 3.

176. «Des femmes dans la rue il y en a trop, ce qu’il faut c’est déménager les proprios!», Le Trouble, vol. 1, no. 4, 2001, p. 13.

177. «Prendre en main son vagin avec les… BloodSisters», Le Trouble, vol. 1, no. 4, 2001, p. 14.

178. «Une nouvelle maman s’exprime…», Les Sorcières, no. 4, mars 2002, p. 16-17 et le no. 6, pour son dossier spécial sur le sujet.

179. Les Sorcières, no. 6, 2005.

180. «Dédicace... à la propagande patriarcale du Trouble», Les Sorcières, no. 6, 2005, p. 4.

181. «La maternité vue par une mère trouble-ée», Les Sorcières, no. 6, 2005, p. 2.

182. «Dédicace... à la propagande patriarcale du Trouble», Les Sorcières, no. 6, 2005, p. 4.

183. «Plate forme», Le Trouble, no. 1, 2000, p. 2.

184. Éditorial anonyme, «Alice au pays des merveilles : De l’autre côté du miroir !», Le trouble, vol. 5, no. 28, avril-mai 2005, p. 2.

185. «Dédicace... à la propagande patriarcale du Trouble», Les Sorcières, no. 6, 2005, p. 4.

186. «Dédicace...», p. 4-5.

187. «Féminisme : Partout, mais pas chez nous!», Le Trouble, vol. 4, no. 21, 2003, p. 4. Voir aussi : «Les inégalités hommes-femmes persistent», Le Trouble, vol. 4, no. 26, 2004, p. 4.

188. «Dédicace... à la propagande patriarcale du Trouble», Les Sorcières, no. 6, 2005, p. 4.

189. Le Trouble, vol. 5, no. 28, avril-mai 2005, p. 12.

190. Les Sorcières, no. 4, mars 2002, p. 18-19.

191. «Capitalisme et santé», Les Sorcières, no. 4, 2002.

192. «L’État complice du patriarcat», Les Sorcières, vol. 1, no. 2, 2000, p. 7.

193. «La religion et les femmes font vraiment bon ménage», Les Sorcières, no. 4, 2002.

194. «Les divers courants féministes», Les Sorcières, vol. 1, no. 2, 2000, p. 5.

195. Christine Delphy, L’Ennemi principal I : Économie politique du patriarcat, Paris, Syllepse, 2002, p. 268-269.



Source : correspondance avec l'auteur

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MessagePosté: Sam 29 Juil 2006, 7:24 pm 
Une note pour Francis Dupuis-Déri (et les autres)

Il y a quelques tournures de phrase dans ta postface au livre de Marc-André Cyr qui me chicotent. Par exemple, pourquoi tu parle de Cause commune comme d’un « petit journal » ? La mauvaise herbe ou Anarkhia sont photocopiés et ont un format physiquement plus petit... Pourquoi tu dis que « selon la NEFAC » Cause commune est tiré à 3 000 exemplaires alors que tu présente comme un fait le tirage du Trouble (qui, d’ailleurs, est passé de 2000 à 1500 puis à 1000 copies au rythme des démissions)? Finalement, Ruptures n’est pas la « voix officielle de la NEFAC », c’est, nuance, « la revue de la NEFAC ». Le but de Ruptures n’est pas de présenter « le point de vue du parti » en tout et sur tout. Premièrement, nous ne sommes pas un parti ! Deuxièmement, la revue nous sert à confronter des analyses et faire des débats. Ruptures participe de notre processus d’unité tactique et théorique, elle n’en est pas le résultat (le résultat ce sont les prises de position adoptées en congrès). Ton opposition au plate-formisme ne doit pas te faire oublier que nous sommes… libertaires !

Nicolas Phébus


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 Sujet du message: Chercher la bête noire
MessagePosté: Dim 30 Juil 2006, 1:36 am 
Chercher la bête noire : une note pour Nicolas Phebus et les autres…

J’ai été étonné de la teneur de la plupart des commentaires que j’ai lus ou entendus jusqu’à présent de la part d’anars au sujet du livre de Marc-André Cyr sur les journaux anarchistes («La presse anarchiste au Québec : 1976-2001»). Alors que Marc-André Cyr a effectué un travail de marathonien et proposé un des premiers ouvrages disponibles sur un pan de l’histoire anarchiste au Québec, on le critique pour ce qu’il n’a pas fait. Non, Marc-André n’a pas analysé l’histoire des collectifs produisant et diffusant les journaux dont il parle. Non, il n’a pas proposé une histoire des mouvements anarchistes au Québec. On pourrait dire aussi qu’il n’a pas analysé comment l’anarchisme était alors défendu dans des livres, ou des émissions de radios, ou des chansons, des poèmes et des graffitis. Lui reprocher de ne pas parler des anarchistes québécois militant sur la scène internationale, ou des anars interagissant avec les groupes marxistes-léninistes, ou militant dans des syndicats. On pourrait le critiquer pour ne pas nous parler de la répression policière ou lui reprocher de ne pas explorer l’influence de Bakounine, ou de Proudhon, ou de Louise Michel et d’Emma Goldman. Ben oui… tout ça aurait été fichtrement intéressant à lire dans le livre de Marc-André. Si je vous comprends bien, Marc-André aurait du écrire un autre tout autre livre, qui aurait fait environ 300 ou 500 pages et sur lequel il serait encore en train de travailler, et ce pour les 4 ou 5 prochaines années. Mais ce n’est pas ce que Marc-André a fait. Sachant cela, rien ne vous oblige à lire le livre de Marc-André, si vous ne voyez aucun intérêt à vous replonger dans ce que les journaux anars avaient à dire et à exprimer pendant 25 ans au Québec… J’y vois pour ma part un travail sérieux d’historien, qui nous aide à comprendre comment l’anarchisme s’engage dans l’actualité de son époque au fil des changements de rapports de force et des évènements. C’est peu, dites-vous? Pour moi, c’est déjà beaucoup.

Pour Phébus : tu avais publié une critique dans «Ruptures» du livre de Marc-André Cyr et de la préface que j’y signe, sur les journaux anarchistes de 2000 à 2006. Puisque ma post-face est reprise sur le site d’«Hors d’œuvre», tu as décidé à ton tour d’y reproduire ta critique de ma post-face. Tu me reprochais d’écrire que le journal «Cause Commune» est «un petit journal», une expression qui conviendrait mieux selon toi à «La Mauvaise Herbe» (dont je dis pourtant que c’est une «petite brochure» de «facture artisanale») et «Anarkhia» (dont je dis pourtant que c’est un «petit bulletin d’information»). Au sujet de «Ruptures», tu me reprochais d’écrire que cette revue «apparaît pour sa part dès son premier numéro comme la voix officielle» de la NEFAC (ma phrase complète se lisait ainsi : «la voix officielle – quoique pas toujours homogène – de la NEFAC, même si ses pages sont en principe ouvertes à des collaborations venant de l’extérieur de la fédération.»)

Prenant en compte tes critiques, j’ai donc modifié quelque peu mon texte diffusé sur Internet, et qui est ici repris sur le site de «Hors d’œuvre». «Cause Commune» est maintenant présenté comme «un journal de quelques pages» et «Ruptures» «comme l’organe d’analyse théorique – quoique pas toujours homogène – de la NEFAC et ses pages sont en principe ouvertes à des collaborations venant de l’extérieur de la fédération.» Est-ce que ça te convient??? Quant aux tirages des journaux, libre à toi de lire dans mon texte une mauvaise intention à l’égard de la NEFAC, même si ce n’était pas là mon intention. A trop chercher les bêtes noires, tu oublies de voir que je consacre plus de pages aux publications de la NEFAC qu’à toutes autres, mon malaise face au plate-formisme ne me faisant pas oublier que vous êtes libertaires…

En toute solidarité,
francis


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