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MessagePosté: Dim 09 Nov 2008, 1:04 pm 
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Réponse à une consultation sur les tâches immédiates et futures de l’anarchisme - Il faut sortir du romantisme
Camillo Berneri, janvier 1925



Cher Faure, je réponds à ta demande, en participant au questionnaire présenté par La Revue internationale, non sans un certain embarras dû à la complexité des différents problèmes proposés, car chacun d’eux mériterait un examen particulier. Les tâches immédiates de l’anarchisme? Je limiterai mon point de vue au mouvement italien, dont je fais partie. Mais cette limitation répond à un critère de méthode. En fait, un des signes les plus typiques et les plus graves du manque de préparation des anarchistes à affronter les mille problèmes que la réalité présente semble être le cosmopolitisme de notre propagande; cosmopolitisme qui ne tient pas au caractère international de nos initiatives, mais à la dominance de la propagande en soi, sur une base nettement doctrinale, qui n’est pas toujours rattachée à la situation politique et sociale de la nation dans laquelle les groupes anarchistes vivent et agissent.

En lisant, par exemple, un des périodiques que nous publions à l’étranger, le lecteur ne voit pas clairement quelle peut être l’efficacité de la propagande, en dehors du cercle étroit des militants et des sympathisants. Il semble que les problèmes particuliers d’un pays, d’une région, soient étrangers à la vie de nos émigrés et qu’ils ne voient aucune possibilité d’action. La propagande idéologique est adaptée aussi bien à Milan qu’à Paris, Londres ou Buenos Aires, mais en soi, elle ne suffit pas. Il faudrait que les camarades italiens s’intègrent également politiquement en cherchant à parler la langue du pays où ils vivent, en participant à la vie syndicale, en examinant les problèmes sociaux tels qu’ils se présentent dans le pays, pour une catégorie donnée de travailleurs. De nombreux camarades tombent dans l’erreur de seulement considérer le mouvement comme une école de propagande où l’on répète les principes, et non pas comme un atelier de recherches et d’expériences tourné vers les formes plus vastes de l’activité politique spécifique. La propagande éducationniste, etc., et toutes les initiatives comme le naturisme, le végétarisme sont utiles, mais elles montrent l’incapacité ou la mauvaise volonté à affronter des problèmes plus vastes et à agir sur des terrains plus pratiques.

Une nouvelle méthode est nécessaire. Il faut que les camarades les plus intelligents et les plus cultivés traitent, en utilisant des connaissances et des expériences particulières, les problèmes techniques de la reconstruction sociale, du mouvement ouvrier et de toutes les questions qui sont importantes pour la majorité des hommes. Il faut que tout les camarades considèrent leur travail (pour l’ouvrier : l’usine; pour l’employé : le bureau; pour l’enseignant : l’école, etc.) comme un terrain d’observation propice à la réflexion, et qu’ils cherchent à se cultiver professionnellement, pour leur propre émancipation et pour renforcer le mouvement qui a, avant tout, besoin des élites, et surtout dans le monde du travail.

Cette réforme, le mouvement italien doit la réaliser au plus tôt et le plus radicalement possible, car depuis qu’il a perdu le contact avec les forces ouvrières, il n’a pas réussi à s’affirmer comme avant-garde révolutionnaire, perdant ainsi également la seule forme à laquelle il semblait, et se disait, préparé. En s’adonnant au révolutionnarisme en soi et au mythe populiste, le mouvement est tombé dans une double erreur : celle d’un extrémisme verbeux trop répété pour être efficace et pour trouver des réponses adaptées aux situations de faits, et celle de trop compter sur les masses, allant jusqu’à subordonner l’initiative révolutionnaire du peuple à sa participation, oubliant ainsi qu’il faut défricher le terrain par l’audace et le sacrifice des minorités volontaristes.

L’organisation (l’Unione anarchica italiana) n’a pu vivre longtemps, mais quelques années auraient suffi, si une volonté révolutionnaire constante et intelligente avait existé parmi nous, à en faire un organisme de combat capable d’agir avec coordination et simultanéité, même en dehors des cadres syndicaux et indépendamment des fronts uniques, qui se sont avérés être du bluff. Les désirs insurrectionnels se gaspillèrent dans des actions sporadiques, et des occasions exceptionnelles furent gâchées.

En Italie, les anarchistes sont en train de se préparer intellectuellement et moralement, comme le démontre Pensiero e volontà. Le mouvement s’organise et la sortie d’un quotidien paraît possible. Mais il ne faut pas oublier les expériences du passé. Et le diagnostic de nos maux et de nos insuffisances doit s’accompagner de la ferme volonté d’un renouvellement. Je crois que notre revue pourra servir de lien entre les groupes de camarades italiens à l’étranger et en Italie pour un échange d’idées et pour une diffusion plus vaste des résultats, des réflexions et des études des meilleurs.

Saluts cordiaux et tous mes vœux.


Source: La Revue internationale anarchiste, Paris, 15 janvier 1925.

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