R comme rupture

Version imprimablepublié par HØ-archives le 21 novembre 2008

Mardi dernier, nous avons reçu un courriel d'avertissements de la part de la Fédération des communistes libertaires du Nord-Est, Union locale de Montréal. La lettre commande le retrait des informations dites « sensibles » de notre texte Exercice de transparence, faute de quoi des représailles seront envisagées envers Hors-d'Øeuvre. La NEFAC-Mtl exige également que nous la gardions secrète.

La lettre stipule qu'en cas de refus d'obtempérer, ils nous traiteront comme « le mouvement libertaire traite les délateurs.(1) » Nous avons appris, de la bouche du protagoniste de notre texte lui-même, que certaines personnes lui ont offert d'être aux premières loges d'une séance de lynchage contre l'un d'entre nous. Nous savons aussi qu'une tête brûlée laisse libre cours à l'expression de ses fantasmes violents envers quelques membres de HØ sur la liste interne de la NEFAC-Mtl et en privé. Puisque nous connaissons l'organisation et plusieurs de ses membres personnellement(2), nous prenons ces menaces très au sérieux.

Sous prétexte que la NEFAC et Antifa sont soi-disant en danger depuis la publication de l'Exercice, nos détracteurs tentent de nous intimider. C'est dire que la spirale de violence que nous avons dénoncée précédemment se retourne aujourd'hui contre nous et cela, à huis clos. Nous considérons que les véritables victimes potentielles de notre texte sont – oh surprise! – nous-mêmes.

Que les menaces à notre intégrité physique soient formulées en privé ne nous surprend guère. C'est le propre des incapables que de vouloir s'en prendre physiquement à leurs semblables dans l'ombre. Nous allons défendre par tous les moyens nécessaires notre intégrité morale et physique contre ceux qui osent nous associer aux flics et à l'extrême-droite. L'écriture du présent texte constitue notre contre-attaque politique.

Inutile de préciser que nous ne partageons pas la conception politique de la Fédération sur la manière de régler les problèmes au sein du milieu militant. Selon leur ultimatum, il est interdit de critiquer publiquement la situation interne d'un groupe, même si des efforts sont déployés pour protéger l'identité des individus concernés. Pourtant, notre expérience nous apprend à quel point il est difficile de résoudre ce genre de conflits sans aborder ouvertement les faits et méfaits. Dans le privé, les personnes à problèmes se défilent derrière un mécanisme de défense psychologique archi-connu qui consiste à dénier le problème et ensuite à attaquer le messager pour n'importe quelle raison; leurs ami-e-s ont tendance à faire pareil. Ce phénomène favorise la propagation de rumeurs et accentue la confusion générale. L'efficacité du débat public quant à la résolution de questions délicates réside dans le fait que la collectivité s'approprie le problème. La communauté, par sa pluralité et sa richesse, est évidemment mieux outillée que l'individu ou la gang pour faire enquête et réfléchir à des solutions viables. Voilà bien, camarades, une banalité communiste libertaire à laquelle seuls des « anarcho-bolchéviks » peuvent s'opposer.

Nous déplorons le manque de solidarité dont fait preuve la NEFAC-Mtl en voulant camoufler leurs liens avec Antifa. Cela constitue une faiblesse politique majeure, surtout pour un groupe qui aspire à devenir une organisation de masse(3). Pour notre part, nous sommes prêt-e-s à péter des gueules avec les antifafs s'il le faut et ce, dans des conditions stratégiques adéquates. Nous ne craignons pas de nous associer formellement à la lutte antifasciste malgré les risques que cela comporte.

Parlons-en des risques, justement. La lettre de la NEFAC-Mtl manque de clarté. En quoi notre texte est-il préjudiciable? Quels sont les renseignements utiles qui pourraient mener à des arrestations? Où sont les adresses, les noms et les indices compromettants? Qui est Antifa? Qu'est-ce que la NEFAC? Qui sont Spam, Scram et l'acolyte? Qu'est-ce que la Canopée? Les flics ne peuvent rien faire de notre texte, pas plus qu'avec l'entrevue accordée à La Presse par Antifa témoignant de ses activités illégales cet été(4). Les membres de la NEFAC-Mtl sont paranoïaques, ou de mauvaise foi. On nous a aussi accusé-e-s de divulguer des informations sur la situation interne d'Antifa qui pourraient profiter aux néonazis. Or, ceux-ci sont bien placés pour savoir que les combattants antifascistes ne sont pas si faibles que ça...

La preuve de la dangerosité des renseignements contenus dans l'Exercice reste à faire. Si les motifs de sécurité sont aisément réfutables, les accusations de délation sont encore plus graves et parfaitement grotesques. C'est pourtant en vertu de cette calomnie que notre intégrité physique est mise en danger. La NEFAC-Mtl prétend défendre les intérêts du milieu antiraciste. C'est un curieux renversement de situation. Rappelons que ce sont précisément les problèmes internes d'Antifa qui nuisaient à la sécurité du dit milieu. Notre intervention a donc pour but de renforcir l'organisation, et non de l'affaiblir. Nos détracteurs occultent ce fait pour mieux nous discréditer(5).

Dans le fond, la NEFAC-Mtl a instrumentalisé la question sécuritaire, la solidarité naïve de certains membres et la haine de d'autres pour réaliser une unité de pacotille en vue du congrès de refondation. Il n'y a rien de plus faible qu'une union politique sur la base du mépris envers HØ. Les épisodes Zerzan et Mtl-Nord nous ont définitivement prouvé que nous n'avions plus rapport avec le milieu libertaire traditionnel. La réflexion à ce sujet est amorcée en nos rangs depuis quelques mois déjà, mais tout ceci devance nos plans : ce psychodrame nous convainc qu'il est temps pour nous de quitter dès aujourd'hui la crowd anarcissique (hormis quelques projets en banque bientôt disponibles). Nous, on collabore pas avec un groupe se préoccupant davantage de son image que des nécessités de la lutte. La NEFAC-Mtl veut nous forcer à l'exil, eh bien nous partons à l'aventure!

Vous êtes ridicules,
Hors-d'Øeuvre

P.S. En passant, notre ami commun scrame dans l'armée dès que possible.

 


(1) Suite à des inquiétudes émises par l'une de nos cellules, un membre de la NEFAC-Mtl a tenté de la rassurer en lui affirmant que « malgré le contenu de la lettre, il n'a jamais été question pour [lui] de [s']en prendre physiquement à quiconque membre de Hors d'Oeuvre. » De notre côté, nous avons tenté d'obtenir de plus amples renseignements sur le type de représailles ayant eu lieu chez les libertaires dans les cas de délation. Puisqu'il n'y a, de mémoire, aucun précédent à Montréal, nous avons effectué une petite recherche historique. Celle-ci s'est avérée peu fructueuse. Peut-être que l'auteur-e ou les auteur-e-s de la lettre pourraient élaborer davantage?

(2) Parmi ces personnes, nombres se distinguent pour leurs antécédents agressifs, alcooliques et/ou machos. D'autres entretiennent des amitiés douteuses avec des gens qui nous ont déjà intimidés et qui menacent de nous agresser.

(3) Dans leur plateforme, seul le racisme est mentionné. Aucun moyen n'est envisagé pour le combattre concrètement.

(4) La collaboration d'Antifa au jeu journalistique était en soi bien plus risquée. D'ailleurs, des renseignements de ce genre sont bien connus par quiconque veut savoir. Forums Internet, activités professionnelles, graffitis, looks contre-culturels, comportements vantards, etc. constituent autant d'indices évidents.

(5) Le renversement est aussi comique compte tenue la volonté contradictoire de la NEFAC-Mtl de se dissocier d'Antifa, organisation avec laquelle elle a participé à la mobilisation pour Montréal-Nord cet automne. D'autre part, ce fait prouve également qu'Antifa vit dans une clandestinité très relative en s'alliant à des groupes politiques reconnus, ce qui ajoute à la curiosité de l'affaire.

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