Notre ami Fredy

Version imprimablepublié par HØ-archives le 13 décembre 2008

Tract distribué aujourd'hui au parc Henri-Bourassa lors d'un rassemblement politique, et ailleurs concernant les suites données à l'affaire Villanueva. Cliquez ici pour le tract en format PDF.

Le 9 août 2008, Fredy Villanueva, 18 ans, a perdu la vie parce qu'un flic du SPVM a tiré trois balles sur lui. Ils ont confié l'enquête sur cette bavure du SPVM aux flics de la SQ, de la même façon qu'ils ont plus tard demandé à des procureurs de la couronne de l'extérieur de Montréal d'étudier le dossier pour déterminer la suite à donner à l'affaire.

Comme si on était trop cave pour réaliser que les flics du SPVM et de la SQ font tous partie de la même grande famille, au même titre que les procureurs de la couronne, qui agissent de facto comme les avocats des flics, à Montréal ou ailleurs: qu'ils portent un flingue ou une toge, ils sont tous au service du même système pourri et ils gagnent tous grassement leur vie à gâcher celle des autres.

Le reste de l'histoire est aussi prévisible qu'un film policier de série B : les procureurs de la couronne ont conclu que les flics qui enquêtaient sur les flics n'avaient pas trouvé matière à porter des accusations contre le flic qui a tué Fredy. Surprise! Les flics ont tous les droits, incluant le droit d'enlever la vie à autrui.

La décision de ne pas accuser l'assassin de Fredy est d'autant plus révoltante qu'elle a été prise au terme d'un processus d'enquête qui est lui-même largement discrédité, même auprès des plus modérés. Pourtant, on aurait pu s'imaginer que cette fois-ci, les autorités auraient pu au moins faire l'effort de traîner le flic-assassin devant les tribunaux, ne serait-ce que pour bercer le peuple de l'illusion qu'ils sont soumis à la même justice que le commun des mortels. Mais apparemment était-il encore plus important de ne pas contrarier le puissant lobby policier, ces bébés gâtés pourris du système qui pètent une crise chaque fois qu'un de leurs nombreux privilèges est remis en question.

En tout cas, ce n'est certainement pas un hasard si le big boss de la Fraternité des flics a été pratiquement la seule personnalité publique à avoir le culot d'applaudir à tout rompre le refus de porter des accusations. Selon le big boss, cette «décision raisonnable» (?!) permettra aux cochons de garder «un haut niveau de confiance envers le système de justice.»

En blanchissant un des leurs, les autres flics penseront évidemment qu'ils ont carte blanche pour jouer aux cow-boys quand bon leur plaira. Ainsi, nos protecteurs se sentiront bien à l'aise de faire feu à volonté lorsqu'ils s'aventureront dans ces endroits qualifiés de «zones chaudes» parce que la racaille en uniforme y est rarement la bienvenue.

Naturellement, il faut être particulièrement dépourvu d'esprit critique - ou avoir un parti pris pro-flic - pour accorder la moindre crédibilité à la thèse de la légitime défense qui sert de version officielle dans cette affaire. Franchement, y a-t-il vraiment quelqu'un qui croit un seul instant que le pôvre petit flic allait y passer s'il n'ouvrait pas le feu sur un jeune qui non seulement n'avait absolument aucune arme sur lui, mais en plus avait la réputation d'éviter les ennuis?

Les autorités se doutaient bien qu'on aurait de la difficulté à avaler leur histoire à dormir debout cousue de fil blanc. Nos dirigeants ne sont pas sans savoir qu'il y a tout de même des risques à abuser de la crédulité populaire! Question de montrer patte blanche, le gouvernement nous a annoncé une enquête publique. Bien entendu, ils vont faire une enquête publique seulement après avoir mis le flic-assassin à l'abri de toute accusation. Comme si l'État voulait s'assurer de convaincre le reste d'entre nous du bien-fondé de sa propre décision ne pas accuser cet agent qui a tué Fredy.

S'ils pensent que c'est avec ça qu'ils vont calmer les esprits, nous on appelle plutôt ça acheter la paix à rabais ! Manifestement, on s'est mal fait comprendre.

Le Parlement canadien a peut-être bien aboli la peine de mort, mais ce sont désormais les flics qui jouissent du privilège exclusif d'agir à la fois en tant que juges et bourreaux. Ils n'ont jamais cessé d'appliquer la peine capitale dans la rue, les parcs ou les cellules de postes de police. Ils donnent la mort en tirant à balles réelles, avec des décharges de taser-gun, des jets de poivre de Cayenne ou encore avec des tabassages en règle.

Reste-il encore des gens normaux qui se sentent protégés lorsqu'ils se trouvent en présence de fachos en uniforme qui tirent plus vite que leur ombre?

Deux flics + quatre balles + un mort + deux blessés = zéro accusation!

Le 10 août 2008, une émeute éclate parce qu'un flic du SPVM a tué l'un des nôtres. Qui doute de la légitimité de la révolte? La police est une véritable menace: une vraie gang organisée, armée et violente qui fait plus peur que les gangs de rue. L'émeute est une réaction saine quand une population opprimée est lâchement attaquée par les menteurs qui l'administrent, la jugent et la condamnent. Ce sont eux les véritables responsables de notre misère, les mêmes qui nous imposent aujourd'hui une enquête publique bidon.

En somme, que vaut la vie de Fredy aux yeux de l'État ? Pas grand-chose, car l'histoire(1) nous enseigne qu'un chicken peut tuer à tout moment. À cause d'un flic surexcité, c'est toute une communauté qui vit maintenant dans l'angoisse.

Enough is enough! Rendons nous-mêmes justice à Fredy. La population de Montréal-Nord a déjà démontré qu'elle est en mesure de se défendre dans la rue. Il lui manque seulement une organisation politique d'envergure capable de renverser le monopole de la violence et d'imposer définitivement le respect.

 


(1) Fredy est la 43e victime de bavures policières en 22 ans à Montréal. Voir le site du Collectif opposé à la brutalité policière à l'adresse suivante : http://cobp-mtl.ath.cx/fr/node/46

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