En Grèce, c'est le temps des fêtes !

Version imprimablepublié par HØ-archives le 16 décembre 2008

Ce texte a été distribué lors d'un piquetage de solidarité avec la révolte grecque que nous avons organisé aujourd'hui devant le consulat grec à Montréal. Cliquez ici pour le tract en format PDF.

Ça fait maintenant dix jours que la jeunesse grecque s'éclate. L'assassinat par un flic d'Alexandros Grigoropoulos, 15 ans, est le déclencheur des troubles sociaux les plus excitants depuis la chute de la dictature des Colonels. Banques, commerces, postes de police, Parlement, ministères, bureaux de partis : le capitalisme est attaqué ! La véritable démocratie est enfin de retour dans les rues d'Athènes. L'emprisonnement illico des deux flics ne suffit pas à calmer la colère populaire, révélant ainsi toute l'envergure du conflit. L'appui international que suscite la contestation indique clairement une volonté générale de multiplier les affrontements contre les forces de l'ordre.

Après les crises économiques mondiales de 1974 et de 1982, la bourgeoisie n'a pas le choix d'attaquer directement les acquis des travailleurs pour relancer les profits : mondialisation sauvage, compressions dans les programmes sociaux, diminution des salaires, renvois massifs au sein de la fonction publique, retour au travail précaire, guerre au terrorisme et dérèglementation des secteurs polluants. Question d'offrir de nouveaux marchés aux capitalistes, l'État privatise l'éducation, la santé, l'électricité, l'eau potable et une série d'autres activités productives. On remédie à la baisse des taux de profit par l'appropriation privée d'une plus-value autrefois distribuée plus ou moins socialement.

Les causes de la crise économique actuelle sont plus profondes que le laissent paraître la plupart des analystes, tous plus ennuyeux les uns que les autres. La crise n'est pas celle du crédit à haut risque, c'est plutôt l'échec de l'idée selon laquelle le capital fictif est un automate capable de créer de la valeur par lui-même (1). Les marchés financiers auront de la difficulté à se relever. Pour l'instant, la bourgeoisie n'a pas encore trouvé de solution adaptée au présent ; elle se couvre de ridicule tant elle n'est pas apte à nous diriger. Les pauvres subissent déjà les conséquences de cette crise et s'inquiètent de celles à venir. Dans ces circonstances, les riches savent qu'il suffit d'une étincelle pour qu'un saut qualitatif s'opère dans le développement de la lutte des classes.

Ici-même, l'esprit de révolte qui a soufflé sur Montréal-Nord n'a malheureusement pas été assez menaçant pour envoyer à sa place le cochon Jean-Loup Lapointe, meurtrier de Fredy Villanueva : au pire en prison, au mieux livré à la population du quartier. L'arrestation très rapide à Athènes du flic meurtrier et de son complice nous montre que la justice, quand il s'agit d'accuser les protecteurs de l'État, n'est qu'une question de rapports de force. Devant une situation presqu'ingérable, le gouvernement grec a actuellement recours aux organisations fascistes pour attaquer à coups de couteaux les insurgé-es dans les rues d'Athènes et de Patras. La démocratie n'est qu'une option stratégique parmi d'autres aux yeux des autorités.

L'émeute est un préambule, un passage historique obligatoire de la contestation sociale. Elle exprime sincèrement les contradictions de classes, et constitue également une pratique concrète de la guérilla urbaine — une sphère d'expérimentation qui sera utile dans le contexte de la rude guerre sociale. Mais afin de dépasser le stade de l'insurrection et pour atteindre son plein potentiel, c'est-à-dire celui de la révolution sociale, le peuple doit trouver les façons de tourner ces événements à son avantage. Trop souvent, les émeutes ont été sans lendemain.

Si la conjoncture le permet, les révolté-es doivent dépasser le stade facile de l'occupation des universités. Dès les premiers jours, il faut lancer un appel à la grève, avec ou sans les syndicats. La réussite d'un épisode révolutionnaire dépend de la rapidité avec laquelle les travailleurs et les travailleuses prennent le contrôle de tous les moyens de production.

La crise économique s'aggravera, et avec elle le nombre de soulèvements populaires. La guerre sociale va s'intensifier en ce début de XXIe siècle. L'ordre dominant, on a tous intérêt à le voir pulvérisé. Nos tâches sont multiples. La première chose à faire pour le prolétariat d'aujourd'hui est d'en prendre conscience. Le choix de son camp devient inévitable et le regroupement avec ses allié-es, vital. On ne peut pas se permettre d'attendre qu'un kid se fasse tuer en même temps dans tous les pays du monde avant de parvenir à internationaliser les rébellions. Le temps est venu pour de nouvelles aventures. Que ça se passe en Grèce ou ailleurs, on y sera.

 


(1) Au cours des dernières décennies, le capital a été de moins en moins investi dans la production réelle ou dans le salaire des travailleurs pouvant consommer. Au contraire, ce sont dans les actions, et même, récemment dans la transformation des dettes en titres négociables sur le marché (les PCAA), qu'est injecté l'argent des capitalistes.

 

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