Déclaration de guerre

Version imprimablepublié par HØ-archives le 15 Mai 2008

Texte distribué par la Coalition pour le progrès en milieu anarchiste (CPMA) lors des apparitions publiques de John Zerzan à Montréal au cours des prochains jours. Les individus associés à HØ participent aux activités de la CPMA et ont eu la permission de celle-ci pour publier ce texte. Merci à Mujo et Bill Not Bored pour leur excellent travail de traduction anglaise. Format PDF.

L'aventure du progrès en milieu anarchiste est un combat ardu. Plusieurs tendances ont défiguré à coups de vaines théories le projet social auquel nous nous identifions. Le libéralisme politique n'est pas une solution souhaitable à nos problèmes de cohérence. Nous sommes persuadé-es que le débat est indispensable pour résoudre la crise, que l'anarchisme ne peut être encore «tout et n'importe quoi» au risque de voir sa communauté se faire définitivement digérer par le système. L'attitude réfractaire à toute critique, venant d'un milieu qui prétend l'être, constitue un frein au progrès.

L'anarchisme est une doctrine révolutionnaire qui a pour objectif de changer le cours de l'histoire. Bien sûr, nous voulons une société juste composée d'êtres libres et égaux, une société exempte d'aliénation et susceptible d'atteindre le bonheur à terme. Mais adopter une position théorique de la sorte est insuffisant puisqu'il s'agit d'une posture plastique socialement acceptable. En ce sens, nous pensons qu'il est inapproprié de présenter ces revendications à la population sans programme politique concret.

Or, compte tenu des circonstances sociales défavorables, l'écriture d'une plateforme sérieuse nous semble prématurée. L'objectif de la Coalition est beaucoup plus modeste que cela: promouvoir le progrès(1) et la raison en attaquant sans relâche les idéologies frauduleuses qui font obstacle à l'élaboration d'une stratégie efficace. Cela nous place nécessairement en position avantageuse puisque nos ennemi-es n'ont absolument aucun objectif viable.

Nous savons d'expérience que la pratique contestataire lifestyle se limite dans l'espace et le temps, entre vie privée et carpe diem. L'idéologie dominante influence tous les membres de la société et le milieu anarchiste n'est pas épargné. Il flirte avec certaines idées prêtes à être vendues sur le marché universitaire. Les victimes sont issues de la jeunesse dilatée intégrant sans friction les marchandises rhétoriques dans le vent. Les arrivages sont constants. Végétalisme, zen, hédonisme, consensus, pacifisme, points d'interrogation. Les nouvelles indulgences du libre marché ont pour fonction l'intégration des révolutionnaires tranquilles via la promotion du fantasme de l'autonomie. L'individualiste devra admettre que «les distances que l'on prend par rapport aux rouages du système représentent un luxe qui n'est possible que comme produit du système lui-même.»(2)

En déclarant la guerre à l'Histoire et à la gauche, John Zerzan s'est désigné lui-même comme cible légitime. Comme tous les gourous de secte, il dresse un tableau apocalyptique de la société actuelle pour ensuite marteler sa thèse édénique selon laquelle la belle humanité fut paléolithique. Ses errements sont visibles dès les premières lectures tant ses textes empestent la mauvaise foi intellectuelle. L'individu Zerzan aime utiliser les grand-es auteur-es à sa convenance, sans égard pour ce qu'ils et elles ont réellement dit et pensé. On assiste à une surabondance de citations hors contexte qui lui permettent de dire n'importe quoi. Nous allons vous épargner les détails quant aux innombrables erreurs de logique formelle, à l'occultation de sources concurrentes et aux interprétations fallacieuses de penseurs experts, sans oublier ses commentaires ésotériques au sujet de la conscience extrasensorielle de l'homo habilis(3). Johnny le Primitif est un imposteur.

L'écart entre théorie et pratique chez l'individu Zerzan est terrifiant en ceci qu'aucune pratique ne peut se soustraire à la civilisation; les armes de sa critique sont le produit de cette même civilisation. Un conférencier qui s'oppose au langage, un primitiviste qui prend l'avion, un écrivain à succès contre la réification… Il y a de quoi rire. John n'est qu'un vulgaire vendeur de livres. Son équipe de production entretient autour de lui un culte de la personnalité. La couverture de son dernier ouvrage est significative à cet égard: son portrait, retouché numériquement.

En dernière instance, c'est sur la communauté libertaire que repose la responsabilité de juger de son seuil de tolérance. L'inertie relative du milieu commande une déclaration de guerre, et vlan! Voilà une occasion unique de définir ce que nous sommes et ce que nous ne voulons pas être. Nous, anarchistes pour le progrès, sommes en faveur de la liberté d'association et refusons d'être réuni-es d'une quelconque façon avec les individualistes, primitivistes et postgauchistes. L'exclusion idéologique constitue la seule arme de toute communauté politique fondée sur la raison. Nous vous invitons à prendre position dans vos groupes respectifs et à agir en conséquence, notamment au sein du Collectif du Salon du livre, ultime clique anarcho-libérale à Montréal.

La guerre de la liberté doit être faite avec colère!

la CPMA

 


(1) La Coalition est consciente que le développement chaotique de la technologie dans une société de classes est intrinsèquement celui de la domination. La bourgeoisie profite des moyens de production à sa guise. Chaque étape du progrès capitaliste renforce donc l'oppression et l'exploitation et menace ainsi de transformer le progrès en son contraire, c'est-à-dire en barbarie planifiée. Toutefois, notre méfiance envers le progrès n'est pas névrotique au point de devenir la peur de la kultur, car nous pensons que l'humanité est en mesure d'améliorer son sort. Le prolétariat peut et doit faire la révolution communiste. C'est ainsi que les mauvais jours finiront. Les intellectuel-les postmodernes aiment penser que nous sommes désormais dans l'âge du désespoir et du nihilisme populaire. Le bonheur n'est plus possible, résignez-vous pauvres cons.

(2) Theodor W. Adorno (1951), Minima Moralia: Réflexions sur la vie mutilée. Éditions Payot & Rivages (2003), p. 27

(3) «On peut aussi considérer la pratique chamanique du rituel comme une régression par rapport au stade où tous partageaient une conscience qu'on appellerait aujourd'hui extrasensorielle.» John Zerzan (1994), Futur primitif. Éditions L'Insomniaque (1999), p. 54

 

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